La traversée de retour

Je ne sais pas d’où ça me vient, mais quand je rencontre un propriétaire de Island Packet, ça commande mon respect, peu importe la longueur. Hier matin quand j’ai accosté pour la deuxième fois à Los Morros, il était là, prêt à partir. Ed, un Texan à la taille des texans sans complexe, donc qui n’a pas besoin de faire de sparrages pour impressionner, vient m’aider à accoster, car Brian, le Guarda Frontiera de service ne fait pas le poids.

Il y a aussi Grant, un jeune homme sympatique le l’Oregon que j’avais apeçu à la Marina Hemingway il y a trois semaines, dans son raffiot raffistollé. Il me fait pas le poids lui non plus. Heureusement, le vent à baissé et vient de l’est, on est en eaux protégées. J’arrive de Cayo Largo, non-stop et ça a été une belle traversée de 48 heures. Je commence à prendre goût du long cours.

Petite conversation de circonstance sur le quai pour comprendre que Grant est collé là depuis une semaine pour plusieurs raisons techniques, dont son bateau entre autre qu’il a acheté en Floride pour 8000$ et sur lequel il en a remis 8000$ autres sans améliorer le tout pour avoir un voilier marin. Mais il a une éolienne et un radar. Et un beau génois flambant neuf que je lui ai aide à hisser pour emplacer le vieux qui ressemblait au mien mais qui lui, avait déjà fini ses jours dans un coup de vent le jour où j’ai perdu mon dinghy. Vous vous souvenez…

Mais revenons Ed, car c’est lui qui va changer ma vie ce matin. Il a une meteo toute fraîche grâce à son SSB et me montre que pour les deux ou trois prochains jours, dans ce secteur, ça va souffler de l’Est puis du Sud et enfin de l’ouest, un Cienfuegos typique. Ce que me confirme un anglais dans un grand Beneteau qui est branché sur Chris Parker, le célèbre météorologue de l’atlantique et des Caraïbes. Pourquoi aller perdre du temps à la Marina Hemingway? Attrape le Golfe Stream juste ici en face à 15 MN au large et monte directement à Kegy West, 240 MN au portant. Deux jours et demie, peut-être trois. Peace of cake!

Il est 18h mercredi après-midi et je roule à 5,5Nds avec un ris dans la Grand’voile et le Génois réduit à 110%. De même, Charly Brown et capable de barrer et c’est moi qui prends une bière à sa santé.

Je vous raconterai la suite à Key West…

Cayo Largo et puis?

Oups! Un bon texte qui était resté collé au fond de ma boite de brouillon.
Bonne lecture en différé. 😉

Si ça n’avait été des dernières surprises depuis Los Morros, j’aurais eu une toute autre histoire à vous raconter. Si vous me suivez sur la carte comme je l’espère vous remarquez que j’aurais pu atteindre l’île de Juventud avec une escale à Cayo San Felipe en un passage de nuit d’une centaine de miles certe, mais nul n’est n’a besoin de le faire le lendemain du passage d’un front. On peut attendre deux jours. À Samedi Felipe, on peut visiter une station expérimentale halieutique et y échanger un petit 10 once de Rum contre une paire de langoustes. Puis, une petite journée le lendemain pour rejoindre l’île et en faire le tour en trois ou quatre jours. Et profiter d’une journée de tourisme et approvisionement dans sa ville principale qui est un véritable petit bijou.

De là, Cayo Largo, on peut faire deux belles journées de voile d’une trentaine de miles grâce à un arrêt possible à Cayo de Rosario à mi-chemin. Un tout autre passage que celui de cette année que je vous propose que nous fassions ensemble l’an prochain.

Entre temps, revenons à Cayo Largo un petit instant pour vous parler de l’accueil très chaleureux et professionnel de l’équipe de la Marina. En passant, une "vraie" marina comme on les aime avec des quais modernes où on peut s’amarrer sur des doigts comme au lac. Ceci, gracieuseté de la compagnie française DreamYacht Charter ( avec un nom comme ça… mais ils ne sont pas américains c’est sur). En partenariat avec le gouvernement cubain ils opèrent une impressionnante flotte de grands Cata de 45pi+ qui font la navette entre Cienfuegos et Cayo Largo en s’arrêtent ici et là sur les Îles comme Cayo Guanov Dell Este où je m’arrête moi-même ce soir après une belle journée d’une trentaine de miles face à un vent léger du Sud-Est mais plus significatif, face à mer bien formée par l’alizé qui a soufflé de l’est toute la semaine. Les creux à près de 2 mètres du début de journée s’estompe progressivement au moment où j’écris ces lignes à une heure de ma destination.

Je vais avoir l’occasion de tester mon nouveau système d’ancrage au moyen de ma Forteress que j’avais mise de côté au Lac à cause des algues et de 35 pieds de chaîne que Josh sur La Gitana ma échangée contre un dîner de poisson au resto de la Marina. Rappelez- vous, c’est le même jeune homme sympathique qui avait recousu mon génois à la Marina Hemingway, sous prétexte qu’il devait pratiquer avec sa nouvelle machine à coudre de Sail Rite, "Made in Canada".

Je lui ai dit comme ça, jamais deux sans trois. Tu vas devoir trouver une autre faveur à me faire avant de partir définitivement pour Panama demain matin. Il m’a regardé avec un drôle d’air comme s’il ne la "pognait pas". Peut-être qu’ils n’ont par cette expression en anglais. Moi je me suis trouvé drôle en tout cas.

Le pain est à sa première levée, maintenant que j’ai trouvé le truc de faire un pain et une pâte à pizza du même coup c’est ce qui est au menu ce soir.

L’ancre tient bon, mais avec le vent aussi nul c’est pas un vrai test. Je vais confier ça a "DragQueen" (l’application de surveillance d’ancre de ActiveCsptain) cette nuit tout de même.

Le soleil commence à décliner. Le ciel est clair sur l’horizon. Et si je nous filmais un Rayon Vert au coucher du soleil, vous seriez gâtés. Non?

Le brise-lames

"Espigón" en espagnol.
C’est le joli nom du bar de la Marina municipale de Cienfuegos où le demi de Buccanero en fût ce vend encore 1.5 CUC. Quand je me rappelle avoir payé une bière 7.5USD dans un bar des Abacos, je me demande si j’ai écrit le bon Guide.

C’est un endroit généralement bien fréquenté par les marins en escale et une faune locale qui gravite autour de
la plaisance et des excursions.

Mais là où ça devient intéressant, c’est le dimanche après-midi quand les cubains envahissent la place entre amis et en famille. Les couples dans la quarantaine avec les ados et là plus veille ou la belle-soeur avec ses tout-petits.

Tout ce beau monde boit de la bière et les plus jeunes des eaux gazeuses. Et on mange des bouchées frites ou les chips de plantain et le maïs soufflé que propose un vendeur ambulant. Il y a aussi un vieux monsieur qui propose de la gomme à mâcher, mais il a moins de succès.

J’ai voulu vous faire un petit vidéo-clip et un papa de deux fillettes m’a fait signe que je ne pouvais pas faire ça. Pas celui qui avait l’air de s’embêter royalement à regarder son épouse boire plus de bière que lui et sa fille ne pas consoler sa plus jeune qui braille à chaudes larmes et à grands cris. Non, plutôt celui qui s’amuse avec ses deux pré-adolescentes qui ne sont pas déguisées en petites putes comme plusieurs qui se dandine sur le "malecón", cette promenade de bord de mer qui mène à la ville.

Vers quatre heures, c’est le revendeur de rum de fabrication domestique qui fait sa tournée dans le bar, sans gênes, il laisse un litre presqu’à chaque table. Et le party de famille reprend un second souffle.

On doit être rendu à l’heure du botté d’envoi du Super Bowl; ma raison d’être là, mais le grand écran nous montre une partie de baseball nationale.

Toute cette bière est probablement responsable pour les bedaine très proheminentes chez les cubains à l’allure aisée. Même que les gars portent leur t-shirt relevé sous les seins pour bien mettre en valeur le bedon rond. Et leurs femmes qui ont eu des enfants leur donnent la réplique.

Quand aux produits annonces lors de la diffusion du Super Bowl, tout ce beau monde s’en passe bien.

Il y a des photos…

J’aurais tant aimé vous partager celle-là!
Il est 20h, j’ai savouré ma pizza et je regarde la flotte des catamarans de Dream Charter de la base et Cienfuegos qui étaient déjà tous ancrés quand je suis arrivé à Cayo Guamo de Leste, l’escale vers Cayo Largo. Je peux même lire, grâce à la pleine lune la haut, les noms des bateaux que je commence à reconnaître. C’est le secteur le plus animé de tout Cuba, en terme de plaisance.

Mais ce n’est pas cette photo ni celle de ma pizza que je veux partager. Non, c’est l’image unique que j’ai aperçu quand je suis allé faire un tour près des haubans. Ce que j’aimerais être capable de vous faire visualiser c’est la féérie d’un clair de lune qui vous permet de bien saisir le bleu transparent de l’eau. Puis si vous regardez bien, vous voyez le fond 6 mètres plus bas et avec un peu plus de focus, vous distinguez la nature de ce fonds marin. Dans ce cas-ci, de l’herbe à tortue (Turtle Grass) et des oursins ici et là; ce qui explique en partie, la popularité de l’ancrage : un bon fond pour s’ancrer.

Puis, par-dessus tout ça, l’ombrage de mon bateau projetée sur ce fonds marin avec ses moindres détails de la quille, du mat, du Bimini et du dodger. Et à mesure que vous vous émerveillez de la netteté de l’image, vous découvrez l’ombre de l’homme debout près des haubans. Il en tient un de sa main et là, la décence commande que je m’arrête, vous avec compris ce que l’homme est allé faire les des haubans après son dîner de pizza et son verre de vin rouge. Un Montepulciano d’Abruzzo qui reste de la réserve assemblée à Key West il y a, il me semble, bien longtemps de ça déjà.

PS La course de vers Key Largo de Cuba. Je vais rattraper celui de droite, mais l’autre à bâbord, il a pris trop d’avance.

Trinidad de Cuba

Quand je suis parti de Cienfuegos en direction des Jardins de la Reine, comme Christophe Colomb avait baptisé ce long chapelet d’îles en l’honneur de son banquier, Isabelle de Castille, je tentais une ultime stratégie pour continuer au vent. Quand je suis arrivée à la première de ces îles au petit matin après une longue nuit à moteur, je me suis rendu compte de la futilité de ma tentative.

Jeter l’ancre pour y faire quoi sans les moyens pour explorer de plus près. C’est à ce moment-là que j’ai décidé de faire une pause à Trinidad de Cuba, la Marina la plus rapprochée puisque je suis situationnellement dépendant des marinas. Une approche pas très bien indiquée mais les douaniers du port de pêche m’ont assuré que c’est là que je devais aller et qu’il y avait au moins 1m90 de fond pour s’y rendre.

Après un peu de tâtonnements à gauche et à droite où j’ai touché le fond, j’ai réussi à passer le marqueur Rouge d’assez près et trouver l’entrée. Pas de place à quai, me voilà aussi mal pris qu’à Cienfuegos. Le Guarda Frontieta en désespoir de cause réussit à se faire reconduire jusqu’à mon bateau pour les formalités. Bon, au moins ça de fait.

J’attrape le premier conducteur de dinghy qui revient vers son bateau ancré pour me faire indiquer le chemin de la sortie pour demain matin. Je ne vais pas traîner ici; ma decision est prise, je retourne sur mes pas jusqu’à Key West minimum.

Henri ne sait pas très bien, mais Martine, la Capitaine du voilier BLEU MARINE sur lequel il est équipier saura, elle. C’est une experte de Cuba. 15 minutes plus tard, ces deux-là rappliquent avec deux bières (elle n’en prends pas) et l’ordinateur pour me montrer le chemin sur la carte.

"Mais vous allez tout de même prendre un verre de rouge pour nous accompagner, madame!" "Ha! Ça je veux bien, ça fait trois semaines que je n’ai pas bu de vin." Ça vous mets en confiance, une telle déclaration.

À partir de là, ma vie cubaine a basculé. "Connaissez- vous Trinidad, monsieur le Canadien". Euh! Non, pas vraiment. Sauf par mon ex-équipier qui m’a abandonné à La Havane parce qu’ il ne voulait absolument pas manquer ce bijou.

Placez cette ville classée au Patrimoine mondial de l’UNESCO sur votre liste des "must" à voir à Cuba l’an prochain quand vous passerez par ici. Pour son quartier historique qui remonte à 5 siècles en arrière avec ces larges avenues pavées de cailloux et bordée de blocs de maisons à un étage, mais des plafonds de 4 mètres de haut.

Sa grande place de la Casa de la Musica qui m’a rappelé les Piazzas romaines où les gens viennent d’asseoir sur les murets pour bavarder avec leurs portables.

Puis essayez de trouver parmis tous les restos et bars à tapas, celui où l’on fait la file pendant une demie-heure pour le plaisir épicurien de se délecter tout en écoutant un trio musical jeune et créatif. Nous avons scellé une belle amitié de passage dans ce contexte tout a fait charmant malgré qu’il soit au top sur la liste des touristes qui séjournent à Cuba

Je vous écrit ces lignes en me laissant bercer par les vagues qui viennent du trois-quart arrière pendant que Charlie Brown s’occupe de garder le Cap sur le chemin du retour au portant.

Au bas:
J’allais dire : "La vie long fleuve tranquille", mais je me retiens.

Le petit port de pêche et là ville au loin qui est déposé aux pieds des communes