Chronique d’une désintoxication

Samedi le 11 février J’en suis rendu au dix-septième jour de mon aventure cubaine. Je suis sur la route du retour, au portant pour la prochaine semaine. J’ai eu l’occasion de partager ma décision de rebrousser chemin et tous sont d’accord avec moi que c’était la bonne décision à prendre. Une semaine sans WiFi et une bonne partie de la suivante en remontant vers la Marina Hemingway.

Je suis en paix avec moi-même et débarrassé de ma contrainte d’être aux rendez-vous que l’on s’était fixés il y a trois mois. Nous les changeront au besoin. À la voile, il faut toujours prévoir un Plan B ou C même. Deux semaines sans avoir à me préoccuper du temps qui passe et d’une échéance que je ne pourrai pas rencontrer. De ça aussi nous sommes intoxiqués : les buts à atteindre, les produits à livrer, les échéances à rencontrer, la productivité et l’efficacité. Je suis en sevrage de ça aussi.

J’ai quitté toute sorte de bon monde à Key Largo. C’est vite fait des liens dans un endroit aussi en retrait de nos routes habituelles. Trois jeunes frères de Anchorage, Alaska sur un vieux ketch que Scott le plus jeune vient de s’acheter. Steve son aîné n’a fabrique deux leurres pcq les miennes sont épuisées. Et je mange du Yellow Tail Snapper pour dîner ce soir. J’ai d’abord perdu un petit mais le plus gros ne m’a pas échappé. Il en reste le demain.

Puis Michele et Monica qui arborent fièrement leur grand drapeau du pays : la Sardaigne. Il y travaille sur les bateaux en été et se balade dans le golf du Mexique en hiver. Il arrivait de Bonaire et repartait pour le Guatemala. Comme plusieurs, il y laissera son bateau à Rio del Duce. Retenez cet endroit, c’est la place pour laisser son bateau en toute sécurité dans un chantier où les gens sont compétents et les prix abordables.

Enfin Gaby le français jovial sur son Élan 45, une machine à avaler des nœuds. Je l’ai croisé à Cienfuegos à quelques reprises toujours avec son fidèle compagnon depus10 ans, Mario, un gars qui travaille à la Kruger et qui a appris à accumuler du temps supplémentaire. Cette année il a
est disponible pour 12 semaine de voile. En voilà un autre qui a compris à mon avis.

Même le gars de la Guarda Frontiera qui m’avait accueilli avec un  » high five » il y a deux jours et qui devant mon plan de route, m’a demandé si j’avais suffisamment d’eau et de provision pour faire tout ça en me remettant mon « dispacio ». Non mais…

Je vous laisse là-dessus, il est l’heure de mettre le poisson au BBQ, en papillote, enrobé d’oignons et de pommes de terre tranchées minces. Une belle journée de voile au portant à 4 ,5 Nds de moyenne , comme dans les rêves.

Là lune se lève à l’instant il est 19h25 dans l’ancrage de Cayo Rosario.

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Dimanche par vents légers

Je ne comprends pas très bien le phénomène, mais il arrive assez souvent que le vent tombe à l’heure du midi ici. J’avais tout de même un bon bout de fait en direction de Cayo San Felipe a mi-chemin du bout de l’île. Une journée de 80MN en perspective. Sans risques de trop grandes difficultés si j’en crois ma météo qui me propose des vents légers de l’Est cette la semaine. Un petit appui moteur entre midi et 15h puis de retour à voile par vent de travers (du Nord) à moins de 10 Nds. Le bonheur total. Je songe même à laisser tomber San Felipe et poursuivre pendant la nuit vers Cabo San Antonio.

Dans ces conditions, la voile de nuit est un délice, même pour le navigateur solitaire. Le trafic maritime est si rare de ce côté que ce n’est pas gênant d’essayer de dormir une petite demi-heure par ci par là. Je n’y suis pas arrivé encore mais je tente tout de même de m’étendre et relaxer une demie-heure, mon cadran en main.

Sous génois seul, si les conditions changent, je n’ai pas besoin de quitter le cockpit de nuit pour changer d’allure. C’est un peu moins vite qu’avec la Grand’voile mais j’ai réglé cette question dans mon billet d’hier.

En passant, mon poisson était délicieux hier soir. Je ne me souviens plus d’où me vient cette recette. Il me semble que c’était italien, mais je ne jurerais pas. Les pommes de terre étaient al dente et l’assaisonnement bien réussi. Ce vivaneau à queue jaune est tout simplement savoureux. Ce soir, ça va être plus simple. Pasta peut-être.

Il est 15h45, je roule à 4,4Nds roulé par une houle de deux mètre sur le 3/4 arrière et poussé par un vent de travers à. 10Nds et moins. C’est relaxe.

À 15h j’approche de Island Juventud qui aurait normalement été une destination pour y passer quelques jours à en faire le tour, mais elle a été très dévasté par le dernier ouragan. Alors, c’est moins attrayant pour le moment. Je vais voir à quelle heure je vais atteindre la pointe sud-est de l’île et je déciderai à ce moment-là selon, mon état physique et mental, si j’y passe le reste de la nuit ou si je me laisse bercer comme ça, non-stop, jusqu’à Cano San Antonio et rejoindre Los Morros et Abel, son Maître de Port tout en douceur et en attentions pour ses clients.

La traversée de retour

Je ne sais pas d’où ça me vient, mais quand je rencontre un propriétaire de Island Packet, ça commande mon respect, peu importe la longueur. Hier matin quand j’ai accosté pour la deuxième fois à Los Morros, il était là, prêt à partir. Ed, un Texan à la taille des texans sans complexe, donc qui n’a pas besoin de faire de sparrages pour impressionner, vient m’aider à accoster, car Brian, le Guarda Frontiera de service ne fait pas le poids.

Il y a aussi Grant, un jeune homme sympatique le l’Oregon que j’avais apeçu à la Marina Hemingway il y a trois semaines, dans son raffiot raffistollé. Il me fait pas le poids lui non plus. Heureusement, le vent à baissé et vient de l’est, on est en eaux protégées. J’arrive de Cayo Largo, non-stop et ça a été une belle traversée de 48 heures. Je commence à prendre goût du long cours.

Petite conversation de circonstance sur le quai pour comprendre que Grant est collé là depuis une semaine pour plusieurs raisons techniques, dont son bateau entre autre qu’il a acheté en Floride pour 8000$ et sur lequel il en a remis 8000$ autres sans améliorer le tout pour avoir un voilier marin. Mais il a une éolienne et un radar. Et un beau génois flambant neuf que je lui ai aide à hisser pour emplacer le vieux qui ressemblait au mien mais qui lui, avait déjà fini ses jours dans un coup de vent le jour où j’ai perdu mon dinghy. Vous vous souvenez…

Mais revenons Ed, car c’est lui qui va changer ma vie ce matin. Il a une meteo toute fraîche grâce à son SSB et me montre que pour les deux ou trois prochains jours, dans ce secteur, ça va souffler de l’Est puis du Sud et enfin de l’ouest, un Cienfuegos typique. Ce que me confirme un anglais dans un grand Beneteau qui est branché sur Chris Parker, le célèbre météorologue de l’atlantique et des Caraïbes. Pourquoi aller perdre du temps à la Marina Hemingway? Attrape le Golfe Stream juste ici en face à 15 MN au large et monte directement à Kegy West, 240 MN au portant. Deux jours et demie, peut-être trois. Peace of cake!

Il est 18h mercredi après-midi et je roule à 5,5Nds avec un ris dans la Grand’voile et le Génois réduit à 110%. De même, Charly Brown et capable de barrer et c’est moi qui prends une bière à sa santé.

Je vous raconterai la suite à Key West…