Chronique d’une désintoxication

Samedi le 11 février J’en suis rendu au dix-septième jour de mon aventure cubaine. Je suis sur la route du retour, au portant pour la prochaine semaine. J’ai eu l’occasion de partager ma décision de rebrousser chemin et tous sont d’accord avec moi que c’était la bonne décision à prendre. Une semaine sans WiFi et une bonne partie de la suivante en remontant vers la Marina Hemingway.

Je suis en paix avec moi-même et débarrassé de ma contrainte d’être aux rendez-vous que l’on s’était fixés il y a trois mois. Nous les changeront au besoin. À la voile, il faut toujours prévoir un Plan B ou C même. Deux semaines sans avoir à me préoccuper du temps qui passe et d’une échéance que je ne pourrai pas rencontrer. De ça aussi nous sommes intoxiqués : les buts à atteindre, les produits à livrer, les échéances à rencontrer, la productivité et l’efficacité. Je suis en sevrage de ça aussi.

J’ai quitté toute sorte de bon monde à Key Largo. C’est vite fait des liens dans un endroit aussi en retrait de nos routes habituelles. Trois jeunes frères de Anchorage, Alaska sur un vieux ketch que Scott le plus jeune vient de s’acheter. Steve son aîné n’a fabrique deux leurres pcq les miennes sont épuisées. Et je mange du Yellow Tail Snapper pour dîner ce soir. J’ai d’abord perdu un petit mais le plus gros ne m’a pas échappé. Il en reste le demain.

Puis Michele et Monica qui arborent fièrement leur grand drapeau du pays : la Sardaigne. Il y travaille sur les bateaux en été et se balade dans le golf du Mexique en hiver. Il arrivait de Bonaire et repartait pour le Guatemala. Comme plusieurs, il y laissera son bateau à Rio del Duce. Retenez cet endroit, c’est la place pour laisser son bateau en toute sécurité dans un chantier où les gens sont compétents et les prix abordables.

Enfin Gaby le français jovial sur son Élan 45, une machine à avaler des nœuds. Je l’ai croisé à Cienfuegos à quelques reprises toujours avec son fidèle compagnon depus10 ans, Mario, un gars qui travaille à la Kruger et qui a appris à accumuler du temps supplémentaire. Cette année il a
est disponible pour 12 semaine de voile. En voilà un autre qui a compris à mon avis.

Même le gars de la Guarda Frontiera qui m’avait accueilli avec un  » high five » il y a deux jours et qui devant mon plan de route, m’a demandé si j’avais suffisamment d’eau et de provision pour faire tout ça en me remettant mon « dispacio ». Non mais…

Je vous laisse là-dessus, il est l’heure de mettre le poisson au BBQ, en papillote, enrobé d’oignons et de pommes de terre tranchées minces. Une belle journée de voile au portant à 4 ,5 Nds de moyenne , comme dans les rêves.

Là lune se lève à l’instant il est 19h25 dans l’ancrage de Cayo Rosario.

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En route vers les Îles…

Épilogue – Lundi matin 2 août

Samedi soir, nous sommes passés, mon mousse et moi voir l’équipage du Louisbourg une dernière fois avant qu’il ne larguent les amarres pour leur prochaine mission. Nous avons remercié un dernière fois Le matelot secouriste Clément Blanchet qui a été « une mère pour nous » comme le dit si bien mon mousse qu’il a soigné avec une belle sollicitude et beaucoup de professionnalisme. Je lui ai rapporté les bas et les pantalons qu’il m’avait prêtés pour descendre à terre à notre arrivé. J’ai aussi eu un échange « de capitaine à capitaine » avec celui qui, malgré un longue expérience sur des unités plus petites,  faisait son premier sauvetage en mer avec son nouveau bateau de plus gros tonnage. Nous avons fait un bref retour sur les évènements, question de tirer les leçons de l’expérience pour la prochaine fois. Il m’a prodigué les paroles d’encouragement de circonstance genre: « on ne sait jamais, un bateau de pêche peut passer par là… » Les marins de Cap-aux-Meules font une course amicale du côté de l’Île Brion mercredi et vont jeter un coup d’oeil aussi.

Quant à moi, je navigue pour le moment sur Kijji, les Pacs et les Puces nautiques où tous et chacun veulent que j’achète leur bateau. Je trouve que c’est très généreux de leur part et le choix est vaste. Alors, je vais sûrement y trouver mon sixième voilier. Alain a trouvé le sien, hier soir. Un magnifique Catamaran de 27 pieds « la machine » dessinée pour faire des folies dans la Baie de Plaisance. Gaétan pour sa part, prend le vol de cet après-midi pour rentrer embrasser sa douce et faire face au barrage de questions des copains du Club nautique de Mézy. Il me seconde jusqu’au bout, le pôvre qui devra fournir toutes les explications à ceux et celles qui « voyageaient de coeur » avec nous.

Comment je me sens à ce moment-ci. Où en suis-je dans les phases du deuil à faire? Du lâcher prise…

Pour vous dire franchement, je ne crois pas que l’on va retrouver Mañana à ce stade-ci. La patrouille aérienne des services environnementaux qui a passé par là 2 fois déjà par temps parfaitement clair et calme n’a rien vu des airs. Ce qui a libéré le Capitaine Guimond de son obligation morale et me libère aussi d’un dernier espoir qui me retiendrait d’avancer vers le dénouement. Je n’ai pas trop de difficulté à lâcher prise du fait que ce bateau avait déjà été terminé sa vie active il y a presque 20 ans quand je l’ai repris derrière les hangars chez Boulet et Lemelin l’an passé. Pendant toutes ces années, étais parti sur HERA, un Catamaran de croisière PDQ34 avec lequel nous avons Michèle et moi fait 2 saisons des Croisières Au jour le vent ici dans la Baie de Plaisance en été et dans les Îles Vierges en hiver. Les amis aux Îles, tout comme moi, se demandent quel oracle consulter pour interpréter le fait que nous sommes partis des Îles à l’automne 1993 avec l’assistance de la Garde côtière et que j’y suis revenu à l’été 2010, de nouveau, avec l’assistance de la Garde côtière.

OK! D’accord! Mais au delà de l’interprétation de premier niveau que je suis un capitaine qui perd ses bateaux en mer (je précise que je n’en ai perdu que 2 sur 5) il y a tout de même le fait que je suis toujours là pour vous raconter l’histoire de ce qui est arrivé. Mais, deux fois, ici, autour, ça marque tout de même un certain attachement aux gens de ce coin de pays qui m’enchante. Alors, pour l’heure je profite de la vue sur le port, de l’hospitalité de Lise et Alain et de la douceur de vivre autour d’une tablée de monde qui m’entourent comme si j’étais l’enfant prodigue. Ce soir on mange la sauce à spaghetti au chevreuil de Luc et j’espère bien, avec Luc et Estelle.

Je vais rentrer retrouver ma Pénélope dans quelques jours. On a quelques heures de câlins à reprendre et de petits détails de l’histoire à préciser. Puis la sienne à écouter avec plus d’attention maintenant que les émotions seront redevenues plus cool. Je me sens un peu comme un des deux équipiers sur un voilier de course qui a eu une avarie en mer, qui a été récupéré et qui s’apprête à rentrer à la maison après avoir fait son « debreifing avec son sponsor (On a cassé, mon pote! T’aurais dû voir la mer, on filait à…) » comme disent nos cousins français. Comme lui, ce que j’ai en tête pour le moment, avant de faire face à la réalité des détails administratifs, c’est le prochain bateau, le petit quelques chose qui devra être fait autrement la prochaine fois pour que ça ne se reproduise pas. Car ça ne tient qu’à un détail, ces aventures-là: un aiguillot qui cède, un ridoir qui casse; un seul évènement instantané dans un périple de 125 heures sous voile dans ce cas-ci.

Un gros merci à vous tous, mes sponsors virtuels pour le soutien moral tout au long du périple.

Un abbracio à mes Pénélopes, sur le bord du Fleuve à Boucherville, au Lac Ouarreau et sur le bord du Lac des Deux-Montagnes, à St-Joseph.

Ciao tutti, à la prochaine…

Samedi matin 06h00 de la fenêtre du salon chez Alain.

Il me disait hier soir, comment Lise et lui, assis là, chacun sur sa chaudière de couvre plancher, avaient décidé que la fenêtre du salon serait une panoramique, exactement  là, directement sur le port de Cap-aux-Meules, vu de la butte en haut, sur le Chemin des Cyr. Debout devant la fenêtre, j’aperçois le Louisbourg qui est toujours là, collé au quai. Je regarde avec la jumelle sur son trépied, pour voir de plus près et rien ne bouge sur le pont. La mer est encore calme, je vois au loin un petit voilier rentrer dans la Baie de Plaisance pleine voile sans gite apparente. Mais qu’est-ce qu’ils attendent pour aller chercher mon bateau?

Puis je vérifie mes courriels. Bien sûr, Renée m’a écrit! Elle a lu comme vous hier et à vu comme vous les images. Elle est comme vous un peu impressionnée par l’état de la mer. Moi aussi, quand je regarde cela sur les clips video, ça me paraît pire que lorsque je le vivais à bord. Nous allons devoir reparler de « l’effet grossissant de la TV ».

Mais ce qu’elle m’apprend, c’est que le type des Services environnementaux de la Garde côtière canadienne l’a appelé pour la deuxième fois hier. Avant hier, il voulait savoir si j’avais l’intention de récupérer mon vaisseau et s’inquiétait de la quantité de fuel que je transportait à bord. Une préoccupation environnementale en principe légitime, mais en pratique, ma Pénélope lui a « remis les trous devant les yeux ». Je vous relate ses paroles:

« Un bonhomme de la garde côtière, Denis Guay, il m’a dit qu’il était environnementaliste… et il voulait savoir si tu voulais retrouver ton bateau.  Je lui ai dit oui de tout son coeur et ne vous inquiétez pas l’environnement… il a un moteur 2 forces et il ne transportait pas un réservoir d’essence… mais à peine un galon… il fait de la voile monsieur… de la woile comme il dit.  A bon, a-t-il dit.  Si vous êtes de la garde côtière vous devriez  communiquer avec le Louisbourg… ils pourraient vous en dire plus mais je sais qu’ils ont espoir de le retrouver et de le rapporter à son proprio à Cap aux Meules où il se trouve toujours.
Voilà, es-tu fier de moi?  Non, mais un déversement peut-être!!! »

Tu peux être sûr que je suis fier de toi ma Pénélope! Je suis un Ulysse bien appuyé et je suis persuadé que tu seras là à mon retour… peu importe par quel détour.

Ah! Oui, il l’a rappelé hier pour lui dire qu’ils n’avaient pas vu le bateau lors de leur « tour de reconnaissance environnementale » d’hier matin. Je m’en doutais un peu quand j’ai vu le Louisbourg rester collé au quai toute la journée. Il font ces tours de reconnaissance environnementale dans le Golfe tous les matins. Alain me disait justement hier soir qu’il arrive que c’est lors d’un deuxième tour qu’ils voient mieux. Il va me faire visiter un Tanzer 22 qui est impeccable et qui n’est pas encore annoncé à vendre, ici, à la Marina. Il connait le gars qui en est le proprio. Alain c’est mon ami.

Copie du Livre de bord (annoté) de la traversée lundi le 26 à mardi le 27 juillet

08h30 Le soleil est radieux, le vent souffle du nord-ouest on prend le temps d’une marche dans le village de Rivière-aux-Renards pour aller prendre un vrai déjeuner « œufs-bacon » au resto en haut vers l’est pour redescendre ensuite par l’ouest du village après avoir passé devant l’église pour rejoindre le dépanneur. Jus d’orange et biscuits secs et sucrés, nous serons peut-être en mode collation pour le prochain bout.

10h30 Confirmation avec la Météo. Le vent est établi du secteur ouest  (nord-ouest) pour la journée de 15 à 25N. Soyons prudents même si nous allons voguer à l’allure plus facile du portant, hissons le Foc et Gr’Voile arrisée (2 prises de riz). Plus facile d’en relâcher un en route que d’en reprendre un. Après s’être assurés que tout est bien arrimé sur le pont et à l’intérieur, je largue la dernière amarre et Gaétan va se faire un plaisir de nous sortir à voile comme je suis rentré hier soir (Bien oui, on a encore un moteur mais il est si petit qu’on le ménage, le pôvre).

Au large, nous roulons vent trois-quarts arrière dans une mer bien formée avec des creux d’un mètre cinquante et un vent bien établi à Force 4 (15-25N ou encore 30 à 50 Km/heure) sans bourrasque.  C’est un bon vent qui nous pousse vers les Îles. On a peut-être une fenêtre qui s’ouvre pour la traversée. Sinon, nos options sont de nous arrêter à l’ancre dans l’anse derrière le plus haut Phare au Canada, celui du Cap des Rosiers ou encore de bifurquer vers le sud jusqu’à Percé, contourner le fameux Rocher et aller passer le nuit à la Marina. Il y a aussi les petits ports de la Baie de Gaspé au besoin, mais mon épiderme sent le vent des îles.

12h00 Nous roulons depuis 2 heures maintenant et mon mousse qui a pris le premier quart est tout à fait en contrôle du bateau dans un vent qui a monté légèrement; c’est normal entre 10h et 16h. Il continue à être content de son coup, d’avoir choisi d’expérimenter la voile d’une autre façon. Son « running gag » favori : « On est-tu dépassé Varennes, là, Philippe? » Nous roulons à une belle vitesse, au surf par moment et le GPS nous dit que si nous mettons le Cap sur le Corps mort ce gros rocher qui borne  le point de tournant au sud de l’archipel, nous sommes à 120 Nautiques et au rythme ou nous roulons, nous serions là avant midi demain. Ce qui nous mettrait à Cap-aux Meules en fin d’après-midi. Ça ressemble beaucoup à des conditions idéales pour deux gars qui veulent faire la traversée à voile. On se consulte, et Gaétan qui avait le goût de passer par Percé pour voir le Rocher accepte l’idée qu’il sera encore là quand nous reviendrons et que nous choisirons sûrement ce chemin plus long mais aux escales plus courtes pour le retour.

Nous roulons à une vitesse moyenne supérieure à la vitesse de coque car nous partons régulièrement au surf sur la vague puisque le design du Shark est classé dans la catégorie des coques dites à semi-déplacement. Quand je suis à la barre, j’espère battre le record de vitesse de mon skipper invité qui a fait une pointe à plus de 14N sur la Côte de Charlevoix (avec un courant de quelques nœuds qui le portait. D’accord Jean, tu l’avait bien deviné.)

16h00 J’appelle Radio Garde Côtière Rivière-aux-Renards qui fait le monitoring du Golfe et je leur laisse mon Plan de route avec un ETA pour 18h00 le lendemain à Cap-aux-Meules. Quand il a pris toutes les informations incluant les coordonnées de mon contact à terre (« T’en fait pas Renée, il va pas t’appeler cette nuit. »), il me demande si je veux une dernière mise à jour météo. Il me confirme à ma satisfaction que ce vent n’est pas prévu pour augmenter mais il peut tourner et venir éventuellement du Sud-ouest. Excellent, il baissera alors légèrement et adonnera bien pour continuer au grand largue cette nuit. Je lui demande si je peux lui donner une mise à jour en route au cas où le vent baisserait et que je mettrais plus de temps que prévu. « Vous pouvez nous contacter en tout temps Capitaine nous avons une seconde antenne aux Îles. Sauf pour une courte période à mi-chemin, vous devriez pouvoir nous parler tout le long de votre traversée, au besoin. Bonne route!»

On espère qu’on va pas les déranger mais c’est rassurant tout de même. Je suis toujours à la barre et je réussi une pointe à 13,6N sur un surf qui a dû durer presque 10 secondes (Précision pour les puristes: peu de courant aidant dans le Golfe). C’est grisant de tenir la barre et de sentir le bateau qui devient tout à coup très léger et qui se barre tout seul, le temps du surf. Puis le reprendre en main quand la vague le laisse finalement sur son versant arrière en attente que la prochaine le reprenne. « OK! Gaétan, vas-y, 13,6 à battre! »

17h00 Le vent à tombé presque complètement avant que mon « record » soit brisé et dans le petit temps qui dure depuis une vingtaine de minutes, c’est mon moussaillon qui a la surprise de sa vie quand il sent la barre qui décroche; l’aiguillot (tige pivotante qui relie le gouvernail au tableau arrière du bateau) du bas du gouvernail vient de céder. Mon petit fils Maxime, celui qui a 13 ans va se reconnaître dans cette description; la même chose lui était arrivé l’été passé sur le Lac des Deux-Montagnes. À cette différence près que Maxime barrait dans un vent de 25 nœuds et que sa première réaction d’enfant à été : « Grand-papa, j’ai pas fait exprès, je te jure! »

Ça m’avait tout de même alerté au fait que cette pièce devait être remplacée. Ce printemps, quand j’ai fabriqué mon nouveau safran j’ai fait faire un nouveau jeu d’aiguillot (bas et haut) « flambant neufs » comme on dit. J’ai le vieux safran à bord. Alors c’est facile de rentrer le gouvernail dans le cockpit et de remplacer la pièce brisée avec celle qui est restée intacte sur le vieux safran. Puis c’est celle du haut qui est en principe beaucoup moins sollicitée. Elle ne fait pas exactement mais on est en mer et on répare avec ce que l’on a. J’ai dit que c’était facile parce que le vent ayant tombé, nous ne nous faisons pas coucher dans la vague. Gaétan dirait : « Facile à dire mon capitaine! », entre deux haut le cœur car si je suis immunisé contre le mal de mer, lui vient de découvrir qu’il ne l’était pas. Mais pas du tout. Oh! Le pôvre mousse qui tient les pinces d’une main et le franc bord de l’autre pour se retenir que les spasmes ne le poussent par dessus bord avec ses œufs-bacon qui ont déjà pris le bord.

18h00 L’aiguillot tient le coup et Gaétan aussi, à la barre maintenant pour se replacer le cœur. Le vent à commencé à tourner et maintenant il vient de l’Ouest. Sous Foc tangonné et toujours  2 riz dans la Gr’Voile, la vie est belle à bord pour l’heure du souper et tout au long du coucher de soleil. Un spectacle en mer qui est toujours aussi fascinant. Le vent reprend de la vigueur tranquillement mais ça ne devrait normalement pas dépasser les 15N, venant du Sud-ouest. On ne va pas forcer la machine inutilement; ça roule bien comme çà. Cap 160°Mag. Nous rejoindrons le Corps mort demain après-midi plutôt que demain matin. Mais qu’importe. Comme je le répète avec plaisir dans ces cas-là : « Pas de problème, je ne travaille pas lundi, ni mardi, ni mercredi ni… »

00h00 (mardi le 27) Nous faisons maintenant route avec un vent qui a viré du Nord-ouest plutôt que du Sud-ouest ce qui finalement nous arrange car ça va moins forcer notre gréement de fortune même si la mer est bien formée. Nous prenons le relais plus souvent à la barre pour ne pas trop nous fatiguer mais finalement Gaétan préfère barrer puisque c’est le meilleur remède au mal de mer. On s’en tire bien malgré tout grâce à notre arrangement de fortune.

02h00 Gaétan est à la barre. Pourquoi ça arrive toujours sur son quart? L’aiguillot de rechange flanche à son tour. Cette fois, ce n’est pas la tige qui a cédé mais plutôt le collet qui vient se boulonner de chaque côté du safran. Vite, le remonter à bord et réfléchir aux possibilités. Nous tentons un gréement de dernier recours conscients que nous n’iront pas très loin attaché avec une corde, mais c’est à essayer. On a tout de même fait 5 heures avec le dernier arrangement.

Cette foi, c’est une corde passée dans le femelot (la partie avec le trou fixée au tableau arrière du bateau) et attachée en nœud coulant à travers lequel nous  descendons le safran que nous attachons le plus près possible du point de pivot. Je pense à Frédéric et au football : Troisième essai, 60 verges à franchir. « T’as raison Fré, ça va prendre une longue passe et tu vas l’attraper dans la zone des buts. » C’est vraiment comme ça que je me sens mais je ne connais pas le quart arrière.

Comme de raison, le truc n’a pas fait une demie-heure avant que la corde ne s’use. Affalage des voiles en vitesse et nous nous retrouvons à hâler le gouvernail à bord pour une deuxième fois. Cette fois, il ira se retrouver dans la soute à voile.  Réfléchissons…

C’est Gaétan qui nous avait fabriqué et embarqué une ancre flottante, au cas où, qui a la solution. Je lui relate comment Jean, le mari de Renée était rentré à Québec à partir de St-Joseph-de-la-Rive, en gouvernant avec une chaudière au bout d’une corde après que le gouvernail de sa barque ait sauté hors de ses femelots par gros temps.  Sous Foc seul nous pourrions essayer de refaire le coup dans le Golfe. Quand tout est prêt, on essaye différents arrangements pour voir sur quelle amure nous allons tenter de faire route de cette façon.  Au mieux, nous nous retrouvons avec le Foc qui borde bâbord amure puis qui vient à contre puis reborde puis… nous n’arrivons pas à pointer vers notre but. Nous faisons cap franc sud vers l’Ile du Cap Breton.

03h00 Je prends la décision d’appeler la Garde Côtière. Pas un May-Day mais un appel pour un conseil. La réponse est immédiate, on s’entend clair et fort.  Phiou je suis encore dans la zone de couverture!!! Après avoir bien entendu et compris notre situation, l’opérateur me demande ma position (48° 02’N / 063°09’W) et d’attendre en ligne sur le canal 24; il va vérifier avec ses supérieurs.  Au bout de quelques minutes seulement, il me revient avec l’annonce que le Centre de coordination des recherches en mer à désigné le Navire de la Garde Côtière Canadienne Louisbourg basé à Gaspé qui va prendre la route dans moins d’une heure pour venir nous remorquer. Il s’excuse d’avance qu’ils ne nous amènerons pas aux Îles, notre destination qu’il a noté sur le plan de route que nous avions laissé plus tôt, mais plutôt à Gaspé, le port le plus proche. À ce stade-ci, je ne me sens pas en mesure pour argumenter cette décision.

Je ne me souviens pas très bien s’il m’a demandé si j’étais d’accord.  En fait je me trouvais plutôt en faveur de n’importe quoi qu’il m’aurait proposé à ce moment-là. Tout ce qu’il me demande c’est de lui communiquer ma position et ma dérive aux heures en attendant l’arrivé du NGCC Louisbourg vers midi , dans moins de 10 heures que nous resterons à la dérive.  Nous passons l’ancre flottante à l’avant et après quelques essais nous réussissons à ajuster le Foc de façon à ce que le tout reste au moins à 45° par rapport à la vague qui creuse jusqu’à 3 mètres pour les plus grosses occasionnelles.  Nous n’embarquerons pas d’eau jusqu’à l’arrivée du Louisbourg sauf pour une crête qui est venue casser directement sur le franc bord vers le matin.

Mon mousse qui a retrouvé son mal de mer dans le mouvement des vagues plus ou moins de travers essaye de dormir sur le pont pour oublier ses nausées (c’est tout ce qu’il lui reste du mal de mer, le reste à déjà foutu le camp par dessus bord il y a un bon moment) pendant que moi, je m’allonge à l’intérieur.  Je n’essaye même pas de dormir, je suis bien que trop curieux et peut-être un peu nerveux aussi mais je ne le ressent pas comme ça. Tout de même le bercement du bateau est apaisant. Le seul truc qui a fait défaut c’est la communication de la position aux heures. La suivante a été très difficile et les deux autres impossible; je devais être maintenant dans le « trou noir » car, si vous regardez la carte, nous sommes à 60N du Corps mort; soit exactement à mi-chemin entre la tour de Rivière-aux-Renards et celle de Cap-aux-Meules.

C’est finalement le Capitaine Alain Guimond du NGCC Louisbourg qui a pris le relais lors de la transmission de 9h00 et qui, d’où il était, a pu me confirmer qu’il serait « a vue » vers 12h30.

12h30 Puisque le jour est maintenant levé, je vais me contenter de relater la chaîne des évènements  et laisser parler les images de Jean-Claude Lebreux, du Louisbourg qui a eu la présence d’esprit de vous préparer ce photo-reportage :

Quand on a vu se pointer l’étrave du Louisbourg, on savait qu’une nouveau chapitre de notre traversée allait s’ouvrir mais avec aucune idée de comment cela allait se passer. C’est en tout cas ce qui me passait par la tête pendant que Gaétan cliquait de la caméra pour vous permettre de vivre le moment en différé mais pas trop.

12h30 Puisque le jour est maintenant levé, je vais me contenter de relater la chaîne des évènements  et laisser parler les images de Jean-Claude Lebreux, du Louisbourg qui a eu la présence d’esprit de vous préparer ce photo-reportage :

13h00 Le matelot me lance la ligne d’attrape reliée aux longues lignes de touage qu’on me demande de passer autour du mat. Je les sécurise à l’avant dans les chaumards pour éviter qu’elles ne raguent. Pendant que Gaétan installe nos ancres flottantes à l’arrière pour tenter de garder le bateau dans son axe pendant le touage. Cliquez pour laVideo du touage avec l’ancre flottante.

14h00 Une des ancres flottantes à lâché et sous le mouvement latéral de l’étrave, le chaumard tribord à lâché au moment où je tentais de signaler et la ligne de touage est venue casser le ridoir de l’étai avant : le mat est tombé. Heureusement nous étions là tous les deux pour le ramener à bord et le sécuriser au mieux sur le pont. Cliquez pour la Video quand l’ancre a laché.

Nous repartons avec une ancre flottante lancée du Louisbourg et les lignes de touage attachées à l’anneau d’étrave.

15h00 Le Centre opérationnel demande au Capitaine du Louisbourg de nous faire monter à bord pendant le touage pour des raisons de sécurité. Il me demande de détacher mon bateau pour que nous ne nous frappions pas et il va nous envoyer son gros dingy gonflable pour nous récupérer. Video de l’ultime essai.

L’équipe au complet est là aux petits soins autour de nous à commencer par Anita Arseneault, une femme des Îles qui est cuisinière à bord cette semaine et qui nous offre le café et les biscuits maison « faits avec amour» comme le souligne Gaétan qui, malgré la douleur intense d’un étirement musculaire à l’arrière de la cuisse, n’en a pas perdu son sens de l’humour indéfectible.

16h00 Après une heure d’observation pendant que Clément Blanchet le matelot secouriste de service à bord s’occupe de mon mousse qui, épuisé par le mal de mer s’est fait mal en passant du voilier au dingy, le capitaine m’annonce que dans une mer trop agitée il va nous ramener à Cap-aux-Meules puisqu’on a finalement dérivé suffisamment près des Îles.

Il a noté la nouvelle position du voilier (47° 52.4N / 063°07.6W) qui dérive peu sur ancre flottante. Il me rassure que la Garde côtière dispose d’un logiciel qui peut modéliser le mouvement d’un corps flottant en fonction de son fardage et des variations du vent local selon les rapports météo et prédire avec passablement de précision son mouvement et ses positions successives dans le temps.

Bon, ça me rassure suffisamment pour le moment. Pour un instant, je croyais qu’il l’abandonnait tout simplement. « Non, non, non, soyez rassuré, dès que la météo va le permettre (regardez sur le rapport, samedi ou dimanche) nous pourrons le récupérer si nous le localisons. J’oublie le « si nous le localisons » et je me concentre sur « On s’en va aux Îles! »

Vendredi après-midi 15h00 Au moment où j’écris ces lignes à la table d’ordinateur d’Alain,  je jette régulièrement un coup d’œil  au quai que je vois par la fenêtre et le Louisbourg est toujours là en attente.

Quand je suis monté à bord ce matin à 08h00 pour savoir pourquoi ils étaient toujours là, malgré que le vent soit tombé. Le Capitaine Guimond m’a gentiment expliqué que l’avion de reconnaissance environnementale de la Garde côtière patrouillerait dans le secteur en cours de journée. S’il voient mon Shark 24 des airs, ils vont lui communiquer la position et dès que son dingy sera réparé ( ils ont cassé une pièce en le remontant à bord, en mer) il pourra prendre la route.

Je nous laisse sur cette note d’espoir et je vous reviens demain avec des nouvelles et pour plus de détails sur notre séjour à bord du Louisbourg qui nous a finalement ramené à Cap-aux-Meules (nous avions assez dérivé que c’était à leur arrivée le port le plus proche où ils pouvaient accoster) à 23h00 mardi soir.

Un petit mot pour les amis au 5 à 7 du Club nautique de Mézy. Gardez des « peanuts » pour mon Mousse et une « Dry » pour son Capitaine. Nous reviendrons tous les deux, un de ces vendredis soirs, pour vous raconter cela de nouveau, de vive voix.

La traversée du Golfe – Jour 15 (Lundi le 26 juillet)

Une telle aventure mérite que je prenne le temps de bien vous écrire  et décrire les péripéties de la traversée jusqu’à notre arrivée à Cap-aux Meules mardi soir à 23h, sous forme de Livre de Bord chronologique. Au point où nous en sommes dans ce récit vous nous suivez d’assez près, chers lecteurs favoris, que vous ne vous contenteriez probablement pas juste d’un résumé d’un paragraphe avec le cri de victoire à la fin: « On est rendu aux Îles! »

Je vous promet le texte avant 18h00 ce soir malgré tous mes amis des Îles qui eux aussi sont ravis de me revoir et à qui je ne peux pas tout juste dire un petit bonjour en passant. On s’est pas revu depuis 17 ans maintenant; ça fait beaucoup de rattrapage-blabla à faire...

Rivière aux Renards /Dernière escale

Dès que la pluie a cessé, nous avons levé les voiles car le vent a tourné et vient maintenant du secteur ouest, ce qui nous portera vers Rivière aux Renards, notre dernière escale avant la grande traversée. Ce port de pêche, le plus gros en Gaspésie est très impressionnant pour les marins d’eau douce  que nous sommes. J’ai beau faire une entrée sous voile par un vent léger qui nous a porté depuis Cloridorme, il n’en demeure pas moins que nous n’impressionnons personne parmi les grand chalutiers et autres bateaux de pêche qui sont amarrés tout autour du bassin intérieur.

Les plaisanciers ont des pontons de réservés tout au fond et je tire des bords avec grande prudence dans le bassin pour ne pas frapper les quelques voiliers qui sont déjà bien amarrés et où les marins dorment déjà depuis quelques heures pour bien se reposer avant de prendre le large demain matin. Il y a là, droit devant, un Nauticat 36, une superbe machine voile-moteur qui peut affronter le gros temps tout aussi bien que de servir de maison flottante super confortable. D’ailleurs nous avons découvert quelle version était amarrée là quand mon mousse a lancé comme ça, au capitaine qui marchait sur le quai le lendemain matin : « Il ne doit rien avoir pour vous empêcher de sortir avec un bateau comme ça!? » À quoi le capitaine à répliqué sans hésitation : « Oui, ma femme! »

Je réussi à me glisser sous Grand’voile seule, deux pontons plus loin, sans encombre mais non sans la poussée d’adrénaline qui accompagne toujours les « premières ». Affalons la voile et affalons les moussaillons aussi car nous avons besoin d’une bonne nuit de sommeil, la dernière avant d’entrer aux Îles puisque la traversée devrait durer au moins 36 heures si nous choisissons de filer directement jusqu’à Cap-aux-Meules, ce qui est mon option « au mieux ».  « Au pire », nous avons, là encore, quelques options sécuritaires de rechange en cours de route. En commençant par Cap des Rosiers ou la Baie de Gaspé et ses petits ports de pêche puis, juste au sud de Percé, l’Anse à Beaufils que plusieurs choisissent car, à partir de là, la traversée est  plus courte même si on se rallonge pour l’atteindre.  Puis ce n’est pas une mauvaise option de s’offrir le Rocher Percé en prime. Il est tellement présent dans la mythologie québécoise et dans l’album de photos de voyages de noces de plusieurs beaufs .

Dormons là-dessus et voyons ce que dit Monsieur Météo demain matin. Je commence à sentir l’appel du large car j’ai l’impression que je cherche des idées nouvelles pour alimenter ma chronique. J’en suis presque rendu à parler d’histoires de ménages.

Sainte-Anne-des-Monts

Pour celui ou celle d’entre vous qui attendait avec inquiétude la mauvaise nouvelle, la voici finalement: Nous n’arriverons pas aux Îles dans les délais prévus, nous sommes à voile-moteur depuis deux jours. Et pour ceux qui connaissent mon moteur vous comprendrez que nous ne sommes pas rendus plus loin. Depuis la Rivière Métis, une journée pour atteindre la petite anse devant les Chantiers naval de Madame Verreault aux Méchins où mon barreur téméraire s’est permis de passer sous voile entre les deux ducs d’Albe qui marquent l’entrée.  Puis le lendemain, passer doucement devant la « grand-mère » des éoliennes à Cap Chats qui a fait bien des petites depuis la dernière fois que je l’avais vue en passant, en sens inverse, en revenant des Îles justement. La fois où j’avais établi mon record de vitesse (21N) avec Hera le PDQ de 30 pieds qui nous a amené chez les Madelinots les toutes premières fois, avec les Croisières Au jour le vent il y a presque 20 ans déjà.

Tout de même, il fait un temps merveilleux en mer. Soleil radieux petite bise provoquée par la vitesse du bateau poussé par le vaillant 2HP et une petite risée occasionnelle. Mon moussaillon a même pris l’habitude de faire son petit roupillon en après-midi pour se préparer à barrer de nuit si le vent se levait en fin de journée comme Monsieur Météo nous le promet depuis deux jours. Nous continuons à bien nous amuser tout de même car ni l’un ni l’autre n’avons d »échéancier précis à court terme. Notre plaisir c’est d’être en mer le bonheur total c’est quand on progresse dans la bonne direction peu importe la vitesse. Nous prenons donc ça cool ici ce soir même si la température est encore à porter un T-shirt seulement pour aller regarder se coucher le soleil en mer… qui sait peut-être que ce soir, nous verrons le Rayon vert.

Je dis ça comme ça pour vous faire rêver et pour éprouver les marins qui ont passé leur vie en mer à chercher en vain à le saisir.


La Rivière Métis

Après refait le plein d’essence au village du Bic grâce à la générosité de Nicholas, un jeune ingénieur maritime de l’Institut à Rimouski qui nous a donné un lift car il nous pris sur le fait en train d’admirer son Catalina 24 et son magnifique petit dingy rouge (voir le diaporama de Gaétan) au quai, nous avons repris la route ensoleillée des Iles toujours au Spi. Nous pouvons naviguer assez près de la côte pour admirer au passage la magnifique Ste-Luce-sur-mer pour ensuite pousser le plaisir jusqu’aussi loin que le vent ne tombera pas; ce qui arrivera vers l’entrée de la Rivière Métis. Nous n’atteindrons pas l’anse de Métis-sur-mer mais qu’importe, l’anse à l’embouchure de la rivière est tout à fait bien protégée. Puis tant qu’à y être, pourquoi ne pas se rendre derrière l’ile ça a l’air si calme et à mi-marée, on a encore 3 pieds d’eau sous la quille. On risque de se toucher le fond de petit cailloux vers 4h30 mais « Les Glénans  » avec qui j’ai appris à faire ma voile minimaliste en profiteraient, eux pour caréner.Puis regardez ce coucher de soleil.

Après un souper en tête à tête avec mon moussaillon qui est maintenant tout à fait adapté à la vie à bord et qui n’en finit pas de s »émerveiller du plaisir de la vie en croisière au point que je risque de le retrouver à mes côtés lors d’un prochain périple, nous passons à nos occupation de fin de journée. Lui qui fait le montage des photos et moi qui écrit mon Carnet de bord. Mais je n’en dis pas plus car, les photos parlent si bien d »elles-même, si ce n’est que nous nous sommes couchés tout les trois ce soir là, Gaétan et moi vers 22h30 et Mañana vers 5h30. Pour les détails, vous cliquez à vos risques, sur l’image du bateau. Une seule question à mon ami Jean-Marie : « M’avais-tu dis qu’il y avait une si grande différence de hauteur entre une marée diurne et une marée nocturne? » Et un seul clin d’oeil à Marie-Thérèse: « Ça ne te rappelle pas une soirée au Bahamas près de Farmer’s Island, en compagnie d’Ann et Bill quand nous ramassions des Sand Dollars autour de la coque de Maïté? »

Un marqueur : Le Bic

Quand j’ai entrepris ce voyage, Le Bic était un marqueur psychologique important sur la route p.c.q. c’est en regardant un voilier entrer dans l’archipel à partir du balcon du petit appartement que nous louait, à Renée et moi, tante Maria à St-Fabien, en haut du garage que j’ai décidé que je viendrais faire de la voile par ici. C’était un matin de petit déjeuner ensoleillé de juillet. Loulou et Marie-Andrée campaient sur le gazon de tante Maria de l’autre côté de la rue et au dessus de leur tante, un petit voilier filait doucement dans la brise du matin qui se levait à peine.

C’est pour ça que toutes vos images de Bas du Fleuve tempête, avec vos habits de Ski-Doo et  la vague de deux mètres ne pouvaient pas changer cette image idyllique d’une descente vers « les  îles ». Et ce matin, au large de L’Île Verte quand nous avons coupé le moteur qui nous avait sorti du vacarme des marteaux piqueurs de la Marina de Rivière du Loup, même si le vent n’était pas encore là pour nous pousser, le courant de marée qui allait en s’amplifiant nous suffisait.

Puis, fallait bien donner leur chance à la demi-douzaine de bélugas qui faisaient de l’observation de voilier ce matin de venir nous regarder de près, autour et en dessous pendant que mon photographe officiel s’en donnait à coeur joie. Un peu plus loin, quelques rorquals communs qui passaient par là n’ont même pas pris le temps de s’arrêter.  De toute façon, le vent se levait pour dissiper une brume légère qui venait de nous envahir soudainement.  Le reste, ce n’est qu’une de ces histoires à l’eau de rose que vous racontent les brochures touristiques, jusqu’à ce qu’un grain commence à nous pousser à une telle vitesse que je ne sais pas si tante Maria m’a reconnu quand je suis passé devant sa petit maison jaune avec les fenêtres sur toute la façade à la mer. Mais Danielle sur Subtil qui passait par là a saisi un moment d’affalement de Spi au passage.

Il était temps toutefois car nous commencions à avoir hâte, le soleil déjà couché, de jeter l’ancre dans l’anse derrière la pointe du Cap à l’orignal après avoir contourné le Récif de l ’orignal comme l’indique clairement le Guide du St-Laurent que j’ai en main pour donner la direction à mon barreur.  Mais à nous deux, nous étions si anxieux d’y arriver que nous avons coupé un peu de trop près la pointe et y avons laissé un marqueur bien physique celui-là. Tracé à la peinture antisalissure rouge de la quille sur la roche grise du récif. Un « touch and go » comme on dit quand on s’en tire avec une égratignure sous la quille au moyen d’un virement de bord vite exécuté après avoir remis le gouvernail dans ses gougeons. Deux gars qui veulent tellement laisser leur marque dans la vie!

L’art de se faire des amis à Rivière du Loup

Je ne sais pas lequel de nous deux est le plus habile dans cette pratique. Je me souviens d’avoir appris en croisière dans les Bahamas, entre autres, que la meilleure façon de se faire des amis dans un port inconnu, c’est de demander de l’aide ou une direction. Il y a dans le cœur de la grande majorité des êtres humains, un besoin de rendre service qui n’est plus assez sollicité de nos jours. Vous lui donnez une belle chance de se faire plaisir quand vous demandez à quelqu’un quelque chose qu’il peut facilement vous donner : une direction, un conseil, un coup de main ou tout simplement une approbation. Surtout si cela se passe à Rivière du Loup. Deux exemples.

Le Septième Jour, Dieu se reposa. Alors, qui suis-je pour vouloir continuer à faire route? Surtout que lors d’un court grain qui nous à croisé en arrivant hier soir, mon moussaillon a été impressionné par mon bel imper, rouge, flambant neuf, au point d’insister pour que nous passions par l’Équipeur de Rivière du Loup. Bonne idée puis que je dois passer moi même au RONA pour remplacer mon tangon de Génois qui à fait « crack » à la première occasion (OK!  Réjean, t’avais raison de sourire quand t’as vu mon premier prototype !) et que nous manquons aussi de pain et autres choses pour mettre entre les tranches. Dimanche a donc été décrété jour de repos avec en prime, un déjeuner œufs et bacon à la Crèmerie du débarcadère du traversier de Saint-Siméon. C’est là que tout a commencé.

D’abord par une simple question, à la ronde aux gens qui comme nous attendaient en file pour commander : « Vous ne trouvez pas qu’il fait chaud vous autres? » Question difficile à répondre pour la plupart des gens qui attendent en ligne, sauf pour Mahigan, un petit vite de 9 ans et trois-quarts qui répond dans l’affirmative, avec un air convaincu et un grand sourire, genre : « En as-tu une autre plus difficile? » Et c’est là que tout à déboulé avec une autre question, mais une classique, celle-là de la part de Gaétan : « Es-tu en vacances toi aussi? » Réponse : « Je ne peux pas prendre de vacances, je voyage tout le temps. » « Là, je pars avec ma grand-mère pour Ottawa. Et je viens juste d’arriver pour venir passer deux semaines avec ma mère qui tient la boutique d’artisanat amérindien juste derrière. Puis je travaille à enfiler des colliers de perles car, vous savez tout ce que l’on vend est fait par les membres de la famille. » « Je dois ramasser mes sous pour mon voyage à Paris. » « Mahigan, c’est un nom amérindien;  ça veut dire Petit Loup. » En moins de deux, nous connaissions la tradition amérindienne qui inspire les objets de la boutique de sa mère, l’histoire familiale de celle-ci et ses conséquences sur la vie trépidante du Petit Loup; incluant ses voyages à l’étranger avec ses parents et grands parents, au point que nous n’avons pas pu résister à aller saluer la maman et que la grand maman Andrée n’a pas pu résister à nous donner un « lift » jusqu’au Centre d’achats et son adresse courriel pour la suite de l’histoire.

Ensuite, en revenant avec notre épicerie et un gougeon d’un pouce et quart (fort intrigant dans un Marché Métro) qui va faire le tangon idéal quand nous aurons trouvé quelqu’un pour percer un trou à chaque bout. C’est maintenant Gaétan qui va trouver quelqu’un en attente de rendre service. Il n’en fallait pas plus pour nous retrouver sur le « Pourquoi pas » de Paul, un membre du Club de la Marina de Rivière du Loup qui était là avec son épouse Lorraine (sa cinquième) et sa fille Geneviève, 10 ans (sa première), et qui avait aussi un logiciel et les Cartes du Fleuve sur son ordi dans son bateau pour donner à Gaétan. Faut dire que nous l’avons trouvé sur la véranda, à l’étage du Club réservé aux membres (enfin, c’était ce qui était inscrit sur la petite plaquette sur la chainette qui barrait l’entrée de l’escalier que Gaétan à décrochée pour nous permettre de monter demander de l’aide pour nos deux trous à percer) et que pendant que deux disques se copient sur un ordinateur, un premier contact fortuit peut prendre rapidement de la profondeur.

Je vais résumer le reste de la journée en bref : Paul, c’est le « Sol » de la place alors, bien sûr, c’est irrésistible, un duo de jeux de mots s’est engagé avec Gaétan. Complètement déconcentré, au point que je ne suis pas arrivé à faire fonctionner le logiciel à force de me tordre de rire jusqu’à la fin du souper que nous avons pris tous ensemble avec un couple d’amis de Paul (Yves et Claudette) qui se sont joint à nous en cours d’après-midi. Mais quelle importance puisque j’ai des amis à revoir en remontant et que je saurai très bien retrouver l’entrée de la Marina (même sans cartes) puisque j’y suis maintenant un invité. Et je veux vous garder le meilleur de la découverte en personne lorsque Paul viendra, plus tard cet été, prendre l’apéro avec nous au Club de Mézy pour nous inviter à la Fête de Noël en Novembre de Rivière du Loup dont il est avec Yves, un des principaux organisateurs  et … comment savoir où tout ça nous mènera quand on sait qu’un petit service…

Le record de vitesse à Charlevoix

Ensoleillé, température 27°, Vent du Sud-ouest de 20-25 Km/heure avec rafale à quarante. Avertissement pour petites embarcations en vigueur pour la côte, de l’Île aux Coudres à Tadoussac (avec risques d’orages en fin d’après-midi). YES!!! On va faire de la voile sportive aujourd’hui!  D’abord, merci de nous prévenir, Monsieur Météo, nous apprécions, mais tout de même nous divisons par deux pour traduire tout ça en Noeuds,  Des rafales à 20 nœuds, ce n’est pas plus que du Force 5 ça et au vent arrière, ça se prends bien sous Génois et G’Voile doublement arrisée.

En sortant de l’Île au Coudres, nous étions sous-voilés et Gaétan avait le temps de me nommer les B&B  les  plus charmants des premiers villages croisés. Au large du Manoir Richelieu, le Force 5 nous a fait changer de sujet mais l’attention soutenue nous a permis de passer le Cap à l’Aigle sans même nous en rendre compte. Faut dire que c’est par là que nous avons franchit le mur du son : 14.4 N bien marqués sur le beau Garmin en couleur tout récent de Gaétan.Je n’avais jamais vu mon petit Shark filer à cette vitesse! Faut dire que nous avions 3-4 Nœuds de courant qui nous portait avec la marée descendante. Ça explique tout de même que nous n’avions plus de temps de penser pour les noms de B&B, N’empêche que même à cette vitesse vertigineuse de 30 km heure, vue du large, nous comprenons combien les gens, d’ici et d’ailleurs s’émerveillent pour ce panorama.  Puis, j’ai essayé de localiser le paysage que Renée me décrivait de ses vacances sur la falaise des Éboulements.

C’est ainsi que presque rendu à Port au Persil, je me suis rendu compte que nous étions en train de dépasser notre point de transition vers le chenal du sud pour rejoindre Rivière du Loup. Il a fallu tenter de remonter au petit largue ce qui dans un Force 4-5 nous a forcé à réduire la voilure non sans un enroulement double (le haut dans un sens et le bas dans l’autre) du Génois autour de l’étai. Mon barreur était un peu penaud mais heureusement, Ça m’était déjà arrivé alors, en déventant le Génois derrière la G’Voile, ce fût un jeu d’enfant de descendre le tout et de border un foc à la place. Ceci nous a donné le temps de réfléchir à l’option numéro deux qui consistait à utiliser la passe du traversier de Saint-Siméon qui sur la carte me paraissait si étroite mais qui en réalité à tout l’espace qu’il faut même avec grand courant,grand vent et petit moteur auxiliaire.  Nous sommes finalement venu nous ancrer au quai des visiteurs à la Marina puisqu’arrivés après les heures. Heureusement , car personne n’était  là pour nous assigner un quai (et nous faire passer à la caisse). Une bonne pizza aux fruits de mer au Boucanneux nous a servi de point de réentrée sur la rive sud pour la suite du voyage et des aventures multimédia.

Le Cap Diamant à haute vitesse.

Alain, le maître de port, avait raison : Midi pile et le vent commence à nous taquiner. Pas de temps à perdre, nous sommes déjà plus de 2 heures après la haute mer et nous voulons profiter au max du descendant. Soyez rassuré. Nous avons regagné les nautiques devant le Cap Diamant avec un vent S-O, 15-25N plus les bourrasque. Deux riz dans la G’Voile et le génois nous portent avec le courant au delà de nos espérances. Je n’ai jamais vu mon petit bateau filer à une telle allure. C’est vrai que mon mousse est aussi un  barreur d’expérience sur machines de courses (Mystère, Lightning et Star). Nous nous retrouvons au bout de l’Île (à Félix) à la fin du baissant et allons nous ancrer derrière la pointe Est dans l’anse aux Canards jusqu’à la renverse qui nous rouvrira la route à 20h30.

Là il ya eu une première tentative de mutinerie à l’heure du 5 à 7 p.c.q. je n’avais pas de « peanuts » pour accompagner la bière comme la tradition le veut au Club de Mézy.  J’ai dû appeler notre Président pour aider à régler le dilemme. Nous somme donc reparti après l’excellent « Chili con Carne » de Renée vers l’Île au Coudres, où nous avons jeté l’ancre à 2h30 a.m. dans le Mouillage de la Prairie, juste à l’ouest du quai du traversier. Une heure plus tard que aurions pu si nous n’étions pas arrivé dans un courant de 6-7N descendant qui nous a déportés sans qu’on ait eu le temps de s’en rendre compte, passé le quai, ce qui nous a forcés à motoriser à contre pour rejoindre notre ancrage.

Le dodo est venu si vite que nous n’avons pas eu le temps de fermer le Carnet de bord et c’est deux jours plus tard que j’écris enfin ces lignes.

Encalminé dans un paysage enchanteur

Après avoir embarqué (au sens propre) mon moussaillon au superbe Yacht Club de Québec à Ste-Foy et leur avoir subtilisé une douche pendant que le bateau était toujours amarré au quai de service nous avons monté à bord rafraichit tous les deux. La journée avait été aussi exténuante (suante) pour Gaétan qui se baladait en ville sous un soleil d 30° que pour moi qui descendait le Fleuve au moteur (bien oui, je m’en sers de temps à autre malgré ce que  j’en dis) en prenant une plonge à l’heure, à chaque nouveau plein d’essence. Dure dure la vie de marin quand le vent n’y est pas au moins un petit peu. Heureusement qu’il y avait le courant portant.

Nous avons soupé dans un paysage féérique au mouillage dans le bassin de l’embouchure de la Rivière Chaudière. C’est tout à fait spécial de s »émerveiller devant une telle structure métallique, mais faut dire que le Pont de Québec (le vieux s’entend) est un objet mythique pour tout québécois à qui son papa a raconté toutes sortes de versions de la saga de la construction de cette structure. Il y a entre autre des photos d’époque au mur du chalet de la marina, et Alain, le maître de port peux vous les commenter à partir des histoires que sa grand-mère lui a raconté quand il était petit lui aussi. Si j’ai le temps de vous raconter tout ça en temps réel ce matin, c’est que le Sud-Ouest de 15 à 25 N avec bourrasques à 40N, tarde à se lever et que nous allons manquer la marré qui commence à descendre.

Au mieux, si le vent se lève un peu plus tard, comme la météo continue à nous le promettre, nous resterons accrochés en route dans le chenal du sud car nous sommes déjà 2 heures en retard pour la traverse au nord de l’Île au Coudres. Alain qui s’y connait nous promet que « D’habitude, ça se lève vers midi. » Nous serons prêts!

La vie à bord

Ça se passe surtout dans le cockpit car sans pilote automatique, je passe la grande partie de mon temps à la barre. Je peux l,attacher pour quelques instants pour aller chercher quelque chose à l’intérieur ou effectuer un réglage sur le pont mais autrement, mon « spot favori c’est là, sous mon chapeau. Comme cet après-midi au large du Cap Charles, où le pilote du St-Laurent à la retraite salue d’une levée de drapeau et de l’hymne national approprié les transatlantique qui remontent. Je vais faire flotter le drapeau acadien au retour, juste pour voir s’il a une copie d’Évangéline. J’ai les voiles levée mais c’est tout juste pour garder l’équilibre car le seul vent qui me vient est celui induit par le courant qui me porte à marée descendante et une petite risée par ci par là.

Mais dans le Rapide Richelieu, le vent de courant (jusqu’à 8N au plus fort) monte. Sous grand’voile seule, je tire des bords au près, courts mais serrés. Je sais que vous allez pas me croire au Club mais 60° tac à tac, ça vous impressionne? (Holà! Capitaine Bonhomme!). Moi en tout cas, je tenais la barre bien en main et l’oeil sur les bouées. Quand je suis rentré dans l’ouverture du bassin de la Marina de Portneuf (sous G’voile seule; mais le moteur au ralenti tout de même au cas où) les pêcheurs sur le quai étaient tellement sidérés qu’ils en ont oublié de rentrer leur lignes. Y a un qui a attrapé le plus gros poisson de sa vie mais au bout du compte, il l’a échappé. Désolé mais je n’ai pas pris de photos de cette partie; comme disait le chauffeur d’autobus: « Toute mon attention est requises… ».

Alors, pour vous consoler, je vous propose de regarder l’album la croisière s’amuse en cliquant sur la photo. Ah! oui, je voulais vous dire que j’ai failli en embarquer un moi aussi. En passant devant la marina de Trois-Rivières tôt ce matin, j’ai vu un voilier sortir et dérouler les voiles pour me suivre, wow, une petite régate amicale en perspective! Mais ça n’a pas marché, c’était un voilier « de portant »; dès qu’il s’est rendu compte qu’il devait taquer, il a tout enroulé et mis son « iron jib » comme disait les vieux au Bahamas. Il m’a dépassé sans difficulté mais je l’ai rejoint bien attaché au quai à la Marina de Portneuf.

Le Lac St-Pierre

De Sorel à Trois-Rivières, c’est le Lac St-Pierre que je n’ai jamais réussi à traverser sous voile. Je ne sais pas quel hasard mais je me retrouve toujours encalminé sur ce plan d’eau qui se distingue par ses aides à la navigation spectaculaires.

Cette fois, je vais me l’offrir à voile mais au près tout le long car le vent qui devait tourner au sud-ouest est resté accroché au nord-est. Alors, je l’ai eu dans le nez jusqu’à Pointe du Lac où il est finalement tombé comme hier au milieu de l’après-midi. Alors, j’ai tout simplement jeté l’ancre à l’ouest du quai en espérant que la brise de 16h00 d’hier reviendrait me porter pour le dernier bout.  Bon choix puisque comme prévu, un léger nordet est venu me chercher et m’a amené à destination, au large de l’Ile St-Quentin où j’ai trouvé refuge au mouillage que Jean-Marie m’a suggéré pendant que le grain passait. Même un brin de pluie m,a permis d’étrenner mon bel imper rouge que mes filles m’ont offert pour mon 67, juste avant mon départ.

En passant sous le Pont de Trois-Rivières, j’ai eu un pincement de cœur en pensant à Roland, mon beauf, qui avait eu la témérité de m’accompagner lors de ma toute première croisière sur « La Chatte »,  le Catamaran des 16 pieds que j’avais construit pendant l’hiver précédent dans mon garage. Mon premier voilier qui m’a mis sur la piste des grands départs. Ensemble, nous avions découvert que les marées, ça existe même en amont de Québec quand au beau milieu de la nuit, nous avions dû ramasser notre tente et la remonter dans le catamaran qui reposait sur la berge quelques heures plus tôt mais qui flottait maintenant au-dessus de celle-ci complètement submergée.

Le grand départ

« Je me sens tout à fait détendu physiquement mais très fébrile mentalement. » C’est sur ces mots que Renée m’a reconduit au quai ce matin pour le « grand départ ». J’ai eu beau faire le fanfaron au cours des dernières semaines en racontant à tout le monde autour que je partais pour les Îles; mais là, ce matin , c’est vrai. Alors pas question de faire demi-tour surtout qu’une bonne demie douzaine des copains du Club nautique de Mézy sont venus m’aider à larguer les amarres.

10h30 précise, après les becs et les pognées de mains : « Larguez les amarres! Et n’oubliez pas de prendre des photos.» Surtout que par ce petit temps, je vais avoir l’occasion de faire « mon show » avec un départ sous Spi même si mon équipier a dû se désiste à la dernière minute. Mais c’est pas grave, je suis au fond un navigateur autonome mais trop extraverti pour partir seul autour du monde. Heureusement qu’il y avait Christian mon photographe de bateau favori qui était là sur son beau Blanc de blanc et qui a pris ces photos tout en m’accompagnant jusqu’au premières bouées. Faut dire que les navigateurs de Mézy ont de la classe par moment.

Cette petite bise m’a porté jusqu’à Verchère et j’ai poussé ma chance jusqu’à Contrecoeur où, à contre cœur, j’ai dû me résigner à motoriser jusqu’à Lavaltrie. Au large de l’île St-Ours, une légère bise arrière m’a motivé à relancer le Spi qui m’a porté jusqu’à l’entrée du Chenal aux Corbeaux  dans les Iles de Sorel où j ‘ai jeté l’ancre pour la nuit.

À 6 Nœuds au Spi, ça devient très grisant et vous fait oublier que vous avez navigué toute la journée. À 7N, je deviens très vigilant car, seul à bord, ça fait tout de même un petit moment que je n’ai pas navigué dans ces conditions-là.  Je suis persuadé que mes deux équipiers successifs qui ont dû se désister auraient comme moi trouvé le temps long au milieu de l’après-midi dans le soleil ardent et puis tout oublié dans la griserie du dernier bout.

Dernières vérifications (7 juillet)

Je devrais oublier tout ça pour quelques jours mais je me réveille avec le soleil et je refais la liste chaque matin. Je crois que tout y est, quoi que sur un bateau, ce n’est jamais fini; y a toujours un petit quelque chose à fignoler. De toute façon, une vérification météo ce matin confirme que la température sera plaisante lundi. Reste à confirmer la vitesse et la direction du vent. Alors, selon toutes probabilité, le grand départ se fera vers 10h; avis à ceux et celles qui resteront sur le quai pour la photo de départ.

J’emporte avec moi la chaufferette à l’alcool de Jean-Claude, une défense de Michel, une nouvelle façon de régler le génois de Jean-Louis et d’ajuster les bas haubans de Réjean, les conseils de route de Jean-Marie et de Sacha, et les préoccupations amicales de ceux et celles qui pensent que le retour sera long. En plus de mes deux équipiers successifs, Nicola et Gaétan, c’est un peu le Club nautique de Mézy qui « part pour les Îles ».

J’espère trouver suffisamment de connections WiFi sur la route pour vous garder dans le coup avec mon Journal de bord en ligne que vous pourrez suivre ici même sur ce blog.  Je vous invite aussi à y participer de vos commentaires, questions et suggestions en cours de route.

Et vogue la galère; on se reverra en fin d’août.

philippe

En attente (3 juillet)

Le décompte est commencé, plus que 9 dodos comme dissent les petits. En effet, si la température coopère, je larguerai les amarres le 12 juillet en direction des Iles-de-la-Madeleine. En faisant bien attention de ne pas me tromper car, lorsqu’on les regarde de loin, certaines iles peuvent se ressembler. J’ai toujours été fasciné par l’image miroir de ces deux-là. Les Îles-de-la-Madeleine sont deux fois plus étendues que les Bermudes et ces dernières sont en revanche 6 fois plus populeuses. Alors, suivez-moi bien et si vous me voyez dériver vers le Sud, prévenez-moi quelqu’un.

Je compte sur mon ami Nicola du Club de voile de Mézy pour la première étape jusqu’à Québec. Ensuite, ce sera « Gaétan le tannant » jusqu’aux Iles. Nous risquons de voir un nouveau chapitre de « mots d’eau » se développer en route. À suivre à compter du 12 juillet sur un fleuve près de chez vous.