La croisière au large… ou le cabotage ?

Deuxième question : Prendre le large ou longer les côtes ?

Quand je suis parti la première fois, j’avais construit un catamaran de 16 pi dans mon garage, deux hivers plus tôt. J’avais lu le Cours des Glénans d’une couverture à l’autre; le Guide de croisière à la voile pour les nuls n’avait pas encore été écrit. J’avais passé l’été précédent à m’introduire à la pratique de la voile sur le Lac des Deux-Montagnes qui était déjà devenu trop petit.

Mes premières tentatives de cabotage

La+ChatteAvec mon beauf Roland qui n’avait jamais mis les pieds sur un voilier lui non plus, nous avons mis à l’eau à l’embouchure de la rivière St-François et avons fait nos premières armes sur le Lac St-Pierre. Trois jours plus tard, quand Marie-Thérèse est venue nous récupérer avec la remorque à bateau, à Deschambeault-Grondines, j’avais fait ma première croisière, j’avais pris le goût du large et je ne rêvais que de repartir.

L’année suivante, je m’embarquais au quai de l’Île Charron en direction de l’Île d’Orleans pour faire le tour de l’île mythique de Félix,  bien ragaillardi  des apprentissages de mon expérience précédente. Un navigateur en croisière à la voile était né à l’âge de 33 ans. Une quarantaine d’années plus tard, je navigue toujours en croisière et je ne prévois pas d’accrocher mes voiles de sitôt.

 

“Je trouve que c’est beau pour un marin d’être emporté mystérieusement par la mer. C’est plus joli qu’un enterrement.”                                                                                 Françoise Arteau                                                                                                                                                                     

L’appel du large

Mon ami Ted, pour sa part, a passé sa vie adulte sous l’eau. D’abord comme équipier puis, finalement, comme commandant de sous-marin pour la marine américaine. À la retraite, son rêve, c’était d’émerger et de retraverser la mer mais en surface cette fois. Il s’est acheté un second voilier pour le faire, un Shannon 38 Pilothouse, un magnifique voilier conçu pour la traversée en tout confort. Après un petit tour d’essai jusqu’en Floride l’an dernier, il était prêt à 70 ans, à réaliser le rêve de sa vie: traverser l’Atlantique Nord de Newport RI à Poole, Angleterre.

[UNSET]Puis aller naviguer en Bretagne pour faire plaisir à Shan qui elle allait faire la  traversée en Airbus A 300. Quand je suis remonté avec lui sur la Côte est le printemps dernier, il m’a proposé de m’embarquer pour la traversée. Et c’est là que j’ai vraiment pris conscience, qu’il y avait ces deux options tout aussi valable l’une que l’autre mais totalement différentes. Il n’a pas pu me convaincre de le rejoindre non plus pour le voyage de retour planifié pour ce printemps.

Ted est un vieux fou qui voulait effectuer une traversée, enfin. C’était son rêve pour le début de sa vie active, après le boulot-métro-dodo. Moi, je suis un autre type de vieux fou du même âge que, lui, qui veut passer la plupart du temps du reste de sa vie active en croisière sur son bateau comme je l’ai fait à quelques occasions depuis les 30 dernières années. Au cours des deux dernières, j’ai passé les hivers en Floride avec Renée, ma blonde, une grande joueuse de golf qui ne fait plus de voile.  Elle aussi comme Shan prend un billet d’avion aller-retour pour le trajet Montréal-Orlando. Pendant que je descends la Côte est à l’automne et la remonte au printemps, par bouts avec des copains à bord,  par bouts en solitaire ou avec d’autres sur leur propre bateau.

Traverser pour le défi

Tania Abei_index.phpC’était l’objectif de Ted avec qui j’ai navigué quelques semaines sur la Côte est. Une situation qui ne le stimulait pas de toute évidence. Nous avons fait tellement de moteur dans l’Intracostal que j’ai eu l’impression à un moment donné, qu’il avait peur d’aller en mer. Ce qui s’est avéré faux évidemment. Il n’avait tout simplement pas la patience d’attendre le vent. En mer, il n’a eu le choix que de prendre une route suffisamment venteuse au moment où il l’a fait. Ce que Ted m’a appris, c’est la grande différence entre nos deux rêves de partir à la voile.

C’était aussi l’objectif de Tania Aebi, une jeune fille de 17 ans qui n’avait jamais vraiment navigué et qui, il y a une trentaine d’années s’est laissé convaincre par son père d’être la plus jeune femme à faire le tour du monde à la voile en solo. Il croyait que c’était moins dangereux pour elle, d’effectuer cette croisière de presque deux ans à bord d’un Contessa 26 que de vivre à New York, en 1985. Ce que la lecture de son exploit “Mayden voyage” qui m’a marqué, m’a appris de plus aidant, c’est que je n’avais pas besoin de grandes compétences avérées ni d’un gros bateau pour partir, et même espérer en revenir. De même, plusieurs plus jeunes qu’elle l’ont suivie depuis autour du monde en solo.

Le tour du monde par les Trois Caps ou les Antilles;  deux options fondamentalement différentes et tout aussi valables

La croisière au large, une aventure possible

Il y a tous ces couples de retraités et ces jeunes aventuriers solitaires qui partent sur toutes les mers du monde sans que trop d’entre eux fassent naufrage. De plus, les moyens de localisation et de recouvrement ont tellement évolué que le risque pour leur vie est minimisé pour autant. Plusieurs ont écrit sur les itinéraires des routes au large, les préparatifs et les moyens utilisés. Pour ne citer que les plus populaires en commençant par :

  • Les classiques du tour du monde en solo :
    • Capitaine Josuha Slocum, « Sailing alone around the world », ISBN 0 14 04.3736 3
    • Bernard Moitessier, « La longue route ; Seul entre ciels et Mers », ISBN 2 700 39654 5
  • Lin et Larry Pardey sur la vie à bord à la gloire du plus petit bateau possible : http://www.landlpardey.com/
  • Eric et Susan Hiscock autour du monde en couple par les trois Caps : http://www.bluemoment.com/hiscocks.html
  • Ference et Candace Maté qui ont construit leur voilier pour partir vivre à bord : « The finely fitted yatch » ISBN 0 920 25628 7

Il n’est pas nécessaire d’en lire plus de trois pour comprendre que c’est plus facile qu’on le pense, si c’est vraiment  cela que l’on veut faire. Il suffit surtout, à mon avis, d’avoir l’énergie, la persévérance et une bonne préparation. Les deux premières caractéristiques, sont innées. La préparation, ça demande un minimum d’apprentissage (les livres sont nombreux) et du temps. Une ressource dont vous devez absolument comprendre la nature et en disposer suffisamment si vous songez partir. Peu importe la durée du voyage. Si vous partez pour un passage transatlantique comme mon ami Ted l’a fait au printemps dernier, vous espérez évidemment que le temps sera le plus court possible. Conscient des dangers et de la monotonie qui risque de s’installer à la longue.

Au contraire,  en cabotage,  j’observe sur ma route, à quel point tant de voyageurs sur leurs voiliers, promènent leur mât et leur gréements, toutes voiles ferlées,  à 2 800 tours-moteur, à toute vitesse, du point A au point B. Ils descendent la Côte Est qui a été découverte et cartographiée par nos ancêtres les français, premiers coureurs des bois qui ont parcourus l’Amérique par les eaux avant nous. À cette vitesse, ils ne se rendent pas compte qu’il y a ici ou là, une baie ou un crique qui porte leur nom de famille. Dommage que le temps…

Caboter pour le plaisir de la découverte

Petite familleUne option qui s’offre même aux jeunes familles qui partent pour les vacances d’été ou pour une année sabbatique aux Bahamas ou aux Iles Vierges. C’est une toute autre aventure de partir explorer toutes les baies du Lac Champlain ou de descendre le Fleuve St-Laurent jusqu’aux Îles de la Madeleine pour l’été. Ou plutôt, mettre le voilier sur sa remorque et aller passer l’été dans la Baie Georgienne. Ou encore, descendre la Côte Est à l’automne jusqu’aux Bahamas pour l’hiver et n’en revenir que l’été suivant. Puis si on a tout le temps, au moment de la seconde vie active en liberté qui suivra celle du métro-boulot-dodo,  pourquoi pas “La Grande Boucle” sur une année?

903pf.jpgCe ne sont que quelques possibilités en partance de Montréal, mon port d’attache. Si vous êtes basés ailleurs, le début de l’itinéraire peut varier, mais ce qui ne varie pas c’est le besoin de définir comment et par où on va commencer. Je ne crois pas qu’il soit très utile de savoir jusqu’où on va aller. L’important, à mon avis, c’est d’être conscient du changement majeur de mode de vie qui se dessine et d’avoir un plan abordable et accessible.

Great Loop blog_De toute manière, c’est à l’occasion de la première croisière que l’on va apprendre ce que l’on souhaite vraiment faire de sa vie à bord (peut-être?) et comprendre comment on va pouvoir s’y prendre pour y arriver. C’est là que la “Grande aventure” va commencer. Ici et maintenant, le premier essai, c’est plutôt le test préliminaire de faisabilité et de désirabilité. Et n’allez pas croire que si vous gagnez la Lotto, vous allez pouvoir oublier tout cela et partir sans faire ce cheminement.

Le plus bel exemple de cabotage pour le plaisir, parmi ceux que je connaisse et qui le font à plein temps, c’est le couple Karen et Jeffrey Seigle qui naviguent sur  la Grande Boucle et dans les Bahamas depuis une dizaine d’années avec leurs deux labradors de compagnie à bord. Pour se divertir, ils ont créé le Guide de croisière interactif “Active Captain” https://activecaptain.com/ qui sera un de vos outils les plus utiles si vous optez pour ce mode de vie vous aussi. Quant à eux, ils en tireront éventuellement leur source de revenus.

Alors, qu’elle est votre vision pour votre croisière?

  • Voulez-vous comme Bernard Moitessier, naviguer en solitaire autour du monde?
  • Voulez-vous vivre à bord en couple dans des conditions agréables comme les Pardey et les Hiscock?
  • Êtes-vous un ados aventurier qui veut se découvrir, comme Tania Aebi, tout en découvrant le monde?
  • Êtes-vous, comme Ted, en mode : « Le défi de ma vie! »?
  • Êtes-vous plutôt, comme moi, celui qui cherche à “vivre sa vie sur l’eau”?

Quand vous aurez résolu cette question fondamentale, vous serez mieux en mesure de faire le choix du premier voilier qui vous y conduira. Car il est rare que nous réussissions à faire un choix définitif, car même si vous savez vers où vous partez, il est fort possible que vous vous retrouviez ailleurs éventuellement.

Quoiqu’il en soit, gardez à l’esprit ce sage conseil de Henry David Thoreau :

“Ton bateau idéal, c’est le plus petit voilier qui pourra te porter aussi loin que tes plus grands rêves puissent imaginer.”

Une autre  étape de questionnement ensemble la semaine prochaine :

« Partir pour un an… ou pour tout le temps ? »

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