Je ne vous dit pas tout

Bon, bon, aujourd’hui je pourrais vous raconter quel beau weekend j’ai passé à Solomons Island avec mon ami Jerry. Pas surprenant que je m’arrête là, à chaque année en descendant puis en remontant au printemps c’est un grand amateur de voile qui aimerait partir.

Son défi: convaincre Donna de partir avec lui. Il a même allongé son bateau, l’année passée. Le Catalina est passée de 38 à 43 pieds rien à faire Donna est une grand-mère et les petits-fils ont 9 et 11 ans. Je sais de quoi je parle j’en ai laissé une grand-mère sur le quai il y a 30 ans de ça et les petits-fils n’étaient même pas encore nés. Ils ont 20 et 24 ans maintenant. Marie-Thérèse ne pouvait pas imaginer que ces deux-là naîtraient sans qu’elle soit là pour les voir grandir.
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Frédéric et son petit frère Maxime qui est juste un peu plus grand.
Quand à Jerry, pour sa part, cette année, c’est lui qui a accumulé le plus de points de sorties journalières de son club de voile.
Mais revenons à mon propos. Ce dont je voulais vous parler aujourd’hui c’est des moments moins drôle à bord. Quelqu’un me faisait remarquer dernièrement que dans ma présentation : « Qu’est-ce que vous attendez pour partir! »,  j’ai tendance à peindre une image plutôt idyllique du voyage en bateau. C’est vrai que j’ai un parti pris favorable.
Alors, prenons aujourd’hui pour parler de mauvais jours. J’ai levé l’ancre à Smith’s Point juste au sud de l’embouchure de la Rivière Potomac à 8h30 par un petit matin gris, mais une promesse de vent du nord-est à +/- 10 Nds. Idéal pour descendre la baie du Chesapeake jusqu’à je ne saurais dire où en partant. Mais ça va être une bonne journée de voile, le vent est effectivement du Nord mais pas tout à fait nord-est donc je l’ai ai trois-quart arrière et c’est l’allure idéale pour expliquer d’où vient l’expression : « Rock n’ Roll ».
En langage de marin le bateau à deux mouvements principaux : le tangage qui le fait monter et descendre du nez quand il passe au-dessus d’une vague et le roulis qui le fait balancer de gauche à droite dans les vagues aussi. Le tangage c’est le « Rock » et le roulis c’est le « Roll ». Ainsi quand Elvis Presley est arrivé sur scène au Ed Sullivan Show,  avec cette façon très particulière de rouler le bassin, les marins  observateurs ont déclaré qu’il dansait le « Rock &Roll »
Quant à moi je peux vous dire que lorsque le vent vient du trois-quart arrière c’est pas mal de Rock n’ Roll »à bord de SurpriseS. Puis Charlie Brown qui n’est pas un rocker est rapidement dépassé par ce mouvement et n’arrive pas à garder le cap. Donc ça prend quelqu’un qui était un ado dans les années 50 pour pouvoir barrer le bateau. Ceci dit vous pouvez imaginer que ça va se passer non-stop pendant un certain nombre d’heures. Incluant les pauses pipi.
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Puis, si comme aujourd’hui la pluie commence à tomber doucement, puis un peu moins, puis un peu plus, le danseur de Rock n’ Roll va se retrouver tout transit,  comme à l’époque.
Vers 14h j’ai décidé de rentrer à Deltaville, VA. J’avais tout de même un bon 25MN de parcouru mais là,  la pluie torrentielle m’avait vraiment trompé et affectait significativement la visibilité. Ma tablette dans un Ziplock pour la protéger me montrait le chemin pour entrer dans la longue baie pour finalement enrouler le Génois juste avant le petit chenal sinueux.
Je tire sur la corde de l’enrouleur, rien,  un peu plus fort, bloquée. Coup d’œil vers l’avant et je vois la corde qui s’est emmêlé sous le tambour. Ça fait longtemps que cela n’était pas arrivé car je garde toujours une tension sur celle-ci. Mais ce matin pour faire un petit spécial, la pluie l’avait détrempé suffisamment pour qu’elle s’étire, que la tension de relâche et que le Rock’n’Roll la fasse passer sous le tambour de l’enrouleur.
Quand j’ai finalement mise à l’encre avec l’aide d’Albert qui lui, fait très son travail, j’avais un cordée de séchage d’étendue dans la maison et un peu découragé, j’ai allumé la petite fournaise d’appoint.
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Là, ne me demandez pas pourquoi j’avais laissé la VHF allumé mais ça va faire en sorte que mon histoire de mes mauvaises journées va mal finir. Façon de parler.
J’entend de nouveau sur la Voie 16, le propriétaire du catamaran qui m’avait salué en me dépassant il y a une heure à l’entrée de la baie. Juste pour me dire gentiment que j’avais belle allure sous voile, lui qui était à moteur. Vous comprendrez que j’en ai profité pour le taquiner un peu répliquant que oui en effet j’essayais de me rappeler si je savais encore faire de la voile. Ce qui a fait son épouse s’éclater de rire quand il m’a répondu.
Alors voilà que maintenant, sachant que je suis seul à bord,  il voulait mieux connaître ce petit comique et il m’invite à dîner ce soir sur le catamaran. Que voulez-vous que je vous dise pas moyen d’avoir une journée qui va mal jusqu’au bout. Puis en m’accuse de toujours vouloir enjoliver les situations.
Hum.
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