Le septième jour, il se reposa.

Enfin, c’est ce qu’on a raconté.
Quant a moi je vous assurer que je me sens bien au repos bien protégé du vent par mon voisin de droite. Faut dire qu’ils sont quatre à bord, dont deux chiens. Je ne peux m’empêcher de me demander, quand je vois ces couples avec deux chiens: « Qui couche avec qui? « 

Bon, je sais que ce n’est par gentil mais c’est très fréquents à bord. Il me semble qu’on chat serait moins de trouble. Non? M’enfin…

Après une petite journée de voile au vent arrière à 10-15 Nds, je suis rentrée dans un de mes ports favoris, à Hampton Road. C’est juste avant Norfolk, de ce côté-ci de la rivière James. J’aurais eu le temps de traverser mais j’ai un petit begin pour ce petit bassin avec une Marina municipale très accueillante. Puis je trouve que les bateaux de l’autre coté sont trop gros, trop gris, trop menaçant.

Demain matin tôt, je les passerai en revue et j’aborderai le passage derrière le Cap Hateras par un chemin que je n’ai jamais emprunté: le Dismal Swamp Canal. Un long stretch de 22 miles dans l’arrière pays. Le plus ancien canal encore en opération au pays. Il date du tournant du XIX Siècle.

Entre temps, je savoure la belle fatigue de mes dernières journées en mer, à danser le R&R et la Grande valse. Préparez-vous à un passage plus motorisé au cours de la prochaine semaine.

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La Grande valse

Après trois jours à se faire brasser par ce vent du Nord-ouest, la mer prends une pause aujourd’hui.
La va est maintenant aplatie a une trentaine de cm et elle s’est considérablement adoucie.

Le mouvement du bateau est sensiblement le même qu’hier mais en beaucoup plus doux et allongé. Pensez: Grande valse et vous allez saisir exactement la sensation dans lequel je me retrouve ce matin.

C’est très agréable même si j’ai dû accepter d’assister ce petit vent à moins de 5 Nds par le travers qui m’est donné ce matin. J’ai passé une bonne nuit tout à fait tranquille dans cette petite baie où je n’avais même pas accès au WiFi.
"S’tu assez tranquille pour vous, ça, madame?!"

Puisque la météo nous annonce encore un coup de vent à nous garder à l’ancre demain, la stratégie aujourd’hui, c’est de faire comme les Trawlers, profiter de la mer plus calme et s’avancer le plus possible. Je comme à m’associer un peu pas mal à cette confrérie, je trouve. Hum… Food for thoughts…

Côté pratique, cette allure permet de faire de la maintenance en route. Ce qui constitue un passe-temps plus pratique que la simple lecture, ou la contemplation (ma spécialité). Je vous dis que je suis plutôt a jour dans mes travaux de réparation ou même d’entretien préventif. J’en suis même rendu à polire tout ce qui brille en stainless. C’est pas peu dire!

Il y en qui ne se reconnaîtront plus quand ils/elles vont monter à bord la prochaine fois. Et devoir enlever leurs chaussures de route. Apportez vos soulier de pont, les marin.e.s.

Ah enfin, j’oubliais de vous dire. Il est midi et je suis en T-shirt dans le cockpit. Une autre sensation que j’avais un peu oubliée dernièrement.
Faut que je vous dise que j’ai aperçu mon premier pélican hier. Je croyais qu’il était perdu. Mais non, j’en ai vu trois autres ce matin.

Je dois être dans la bonne direction! 😉

Une journée Rock&Roll

Pour les plus jeunes qui n’ont pas connu l’époque, c’est bien de là qu’on a imaginé le nom de cette danse tout en déhanchements, originaire du milieu des années 50. Le Rock, c’est le tangage du bateau et le Roll, le roulis.

Alors si je vous dis que c’était une journée R&R aujourd’hui, c’est que ça brassait de cette façon. De grands mouvements provoqués par la vague qui frappe le bateau par l’arrière, le soulève et le transporte de côté jusqu’à ce qu’il se rassoit et se lance de l’autre bord.

Un barreur debout danse effectivement le Rock & Roll. Bon pour les genoux qui compensent continuellement et les abdominaux qui gardent le rythme.

Tout ça par un bon vent arrière d’abord, puis de côté pour finir, en passant devant l’embouchure de la Potomac. Six heures d’attention pour ne pas partir à l’auloffée, c.a.d. que la proue du bateau remonte au vent. Mais avec un bon réglage de voile et surtout les bonnes voiles, même Charlie Brown a réussi à faire ses quarts.

Ça veut dire que j’étais aux manœuvres, incluant deux relâches de prises de ris puis 2 heures plus tard, deux re-prises de ris. Heureusement que c’est une procédure que je maîtrise bien. "Oui, je mets ma ceinture de sécurité." Charlie Brown se sentirait trop seul. 😦

Puis le clou de la journée, quand je suis rentré dans le canal d’embouchure de la passe dans les dunes qui mène à l’ancrage bien protégé plus loin dans la petite rivière, tout le village était là. Une douzaine de bateau de pêche avec à bord, 4 ou 5 percheurs et pêcheuses. Le temps que je les croise, cinq minutes, pas plus, j’ai vu trois poissons d’une quarantaine de centimètres se faire sortir de l’eau.
La vraie pêche miraculeuse!

Navigation commerciale

Pour vos donner une idée de ce que je croise dans la Baie à part mes collègues qui descendent aussi dans le sud. Bien oui, j’ai commencé a en voue dernièrement. J’en avais même un qui a jeté l’ancre à côté de moi dans Salomons Island, hier soir.

Ça devait être un skipper engagé car il est arrivé tard et est reparti très tôt. Ces gars-là n’ont pas de temps à perdre, ils peuvent en faire deux à quatre par saison. Pas comme le bonhomme qui prends le temps de ses deux cafés Bodum avant de lever l’ancre. Et qui avait déjà mangé ses petits biscuits avec saucisson et fromage avant que le soleil ne soit couché la veille au soir.

Chacun son trip. Moi je m’en vais rejoindre ma blonde qui n’est pas encore rendue, elle non-plus. 🙂 Il lui reste un gros contrat de décoration intérieure à organiser avant de descendre en Floride.

Alors pour revenir aux cargos commerciaux, faut se rappeler que les villes de Washington et Baltimore et plusieurs autres de moindre importance, sont desservies par cette voie maritime. J’emploie l’expression Voie maritime pour souligner que comme sur la nôtre, ce sont des pilotes spécialisés qui effectuent la navigation. Le parcours est divise en segments et la où j’étais hier soir, il y a une base de pilote.

Je suis sortis en même temps qu’eux ce matin, ils allaient justement rejoindre ce bateau sur la photo et un autre qui le suivait.

Voilà pour les détails administratifs.
Ce soir, je suis bien tranquille dans une petite rivière au sud de l’embouchure de la Rivière Potomac. Juste à côté du coucher de soleil.