Wrightsville Beach

J’y suis, au mouillage au centre-ville, un peu en retrait vers le Nord. J’y suis entré à 15h30, après une belle journée à voile, au près, par vent de 15 à 20 Noeuds mais dans un plan d’eau tout à fait protégé que présente un de ces lagons qui constituent l’ICW et qui a débuté à 7h30 ce matin. Le seul risque, c’est de sortir du chenal par inadvertance et vous planter dans le mou (ce qu’on y a rejeté quand on a dragué) à l’occasion; ce que j’ai fait deux ou trois fois aujourd’hui. Pas de problème pour un petit bateau comme le mien. Je n’ai qu’à lâcher les voiles, mettre le moteur et ressortir par là où je suis entré. Pour les plus gros, comme le propriétaire d’un voilier de 40 pieds que j’entendais appeler de l’aide cet après-midi. Il y a « Sea Tow » un service de remorquage qui a des unités ici et là tout au long de l’ICW. En fait, l’ontarien que j’ai rencontré un peu plus haut m’avait expliqué qu’il avait pris un genre de police d’assurance avec eux. Pour un montant forfaitaire, ils vont venir cous tirer d’embarras aussi souvent que vous en aurez besoin.

Alors, je disais que vous avez intérêt à mouiller votre ancre assez tôt si vous voulez profiter du coucher de soleil sur l’eau. Le mouillage ici est bien protégé pour cette nuit qui j’espère sera moins agitée qu’hier soir. Il vantait tellement que le gars derrière moi a chassé au point que le cruiser derrière lui a klaxonné en plein milieu de la nuit pour un petit peu de trouble et en sauver de plus grands pour moi aussi car ça m’a permis d’entendre un bruit de raggage de corde d’ancre dans un chaumar un peu amoché depuis mon avarie dans l’Écluse #5.

J’y suis allé constater à 2h00 du matin par un fort vent du Nord-Est dans l’ancrage que la corde d’ancre était à moitié coupée par frottement. Je l’ai repositionnée pour qu’elle finisse la nuit sans plus de dommage. Il y a des nuits comme celle-là où votre heure n’est pas venue.

Et ce soir, je voulais vous parler d’une autre occasion où mon heure n’était pas venue. Ça s’est passé juste quelques miles plus haut lors de la première descente sur Maïté avec Jacques (souvenez-vous, les « petites figues ») Nous étions bien naïf et bien enthousiastes. Peu conscients de ce dans quoi nous nous étions embarqués. Nous avions la fougue de la jeunesse et la candeur qui va avec. Un peu nonos, j’entends.

Nous entant libérés du canal intérieur qui nous avait vu nous planter dans les hauts-fonds à je ne sais plus combien de reprises dans le parcours intérieur du Cap Hateras, nous étions sortis directement en mer à la première occasion à Beaufot/Morehead City; libre enfin, sans nous soucier si nous avions le courage de faire un traversée de nuit jusqu’à une « Inlet » sécuritaire une centaine de miles plus bas. En fait, nous n’avions aucune idée de la différence entre une Inlet sécuritaire et une dite «  Local knowledge ». C’est ainsi qu’au milieu de l’après-midi, nous avions choisi de rentrer dans Top Sail Inlet.

Digression: Hier, aux heures, la section locale de la Garde côtière lançait un avertissement d’un danger à tenir compte, justement dans Top Sail Inlet: un bateau renversé et échoué.

Nous ne nous sommes pas rendus jusque là, à l’époque, mais tout proche. Sur la carte, ça disait que les bouées d’entrée étaient relocaliseées selon le déplacement des hauts fonds avec la météo récente. Bon, les rouges en rentrant, ça ne pouvait pas être si compliqué. Je me souviens qu’une difficulté non prévue c’était les brisants qui venait provoquer de gros rouleaux dans l’Entrée. Mais bon, les rouges à droite, on y va Jacques. Moi à la barre et Jacques au repérage des bouées nous nous lançons à la conquête de Top Sail Inlet. Au début, çà allait un peu « rock & roll » dans les brisants mais bon. Puis ensuite, quand le fond est devenu très peu profond, je ne sais pas ce qui s’est vraiment passé mais nous avons dû en manquer une de ces rouges ou de ces vertes. Toujours est-il que je me suis retrouvé projeté dans le balcon arrière par un coup de barre violent provoqué par le fait que le safran avait touché le fond dans un rouleau qui nous avait projeté hors du chenal.

À partir de là, je vais résumer en disant tout simplement que nous avons profité de la « chance des débutants » pour nous en sortir à moteur parce que ça a été un moment de haute intensité dramatique où j’ai craint de voir se terminer de façon très bête, mon « rêve de Bora Bora » Mais non, nous nous en sommes sortis Maïté et moi avec dans son cas une mèche de safran tordue. Ce qui a été réparé dans un des chantiers navals de l’Intercostal devant lesquels je suis passé ce matin. Quant à moi, j’avais pris un coup dans les côtes qui m’avait cassé la première du côté droit et un refroidissement dans mon ensemble jogging mouillé jusqu’aux os qui a dégénéré en pneumonie dans le froid des escales qui ont suivies, au point que mon bon vieux Ed qui m’avait rejoint à Miami deux semaines plus tard, avait eu comme premier réflexe, en me voyant la mine, de m’amener à l’urgence

Digression No 2: Je me souviens de ce passage à l’urgence d’un Hôpital publique de Miami sans aucune assurance maladie que ce soit. Quand on est jeune, ça ne nous vient pas à l’esprit ces choses-là. Et l’urgentologue qui m’avait vu, diagnostiqué et prescrit des antibiotiques, avait tout simplement dit: Portez-vous bien monsieur Pelletier. En me remettant mon ordonnance.

Mais si je reviens en arrière, juste après notre sortie miraculeuse de Top Sail Inlet, c’est ici à Wrightsville Beach que nous étions entrés finalement dans une Inlet bien balisée et nous avions tourné immédiatement à droite en entrant au quai de la Garde Côtière qui nous avait bien accueilli et accepté de nous aider à identifier le chantier naval qui allait nous réparer le tout le lendemain même.

Vous comprendrez qu’en partant de Beaufort avant hier, la question ne se posait pas. Je prenais la route de petits. Et je suis rentré sain et sauf cet après-midi à Wrightsville Beach par la porte d’en arrière et suis venu tout sécuritairement jeter mon ancre avec une douzaine de descendeurs qui comme moi, sont venus par la route de ponts levis et des ponts tournants.

En sortant, ce matin, j’ai pris une photo de la base de la Garde côtière avant de tourner à droite vers le chenal plutôt qu’à gauche vers la mer. Une décision facile puisque l’entrée suivante, c’est Cape Fear et comme son nom l’indique, les hauts-fonds qui avancent en mer devant sont tout à fait épeurant. Pour quiconque commence à comprendre la notion de couleurs de plus en plus foncées sur les cartes marines. Les petits chiffres qui indiquent la profondeur sont très éloquents aussi. Ça ne me gène pas de me planter dans l’intercostal en sortant légèrement du chenal mais je ne voudrait pas me planter au large comme c’est probablement facile de le faire à Cape Fear.

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